L’entrée en Bourse de SpaceX, prévue dans les semaines à venir, provoque des remous sans précédent sur les marchés financiers. Alors que la société d’Elon Musk fixe le prix de son introduction à 135 dollars par action, valorisant l’entreprise à 1 770 milliards de dollars, deux évolutions majeures se dessinent : l’assouplissement des règles d’intégration dans les grands indices boursiers et une ruée des investisseurs particuliers, en particulier au Royaume-Uni.
Accès rapide aux indices
Pour permettre à SpaceX de figurer rapidement dans les indices phares, le Nasdaq a modifié sa méthodologie en mai, instaurant une procédure d’entrée accélérée pour les grandes sociétés privées qui s’introduisent en Bourse. La décision a été présentée comme une adaptation nécessaire face à la taille et à l’importance de l’entreprise. De son côté, FTSE Russell a également revu ses critères : SpaceX sera intégré à ses indices dans la semaine suivant l’entrée en Bourse.
Ces changements signifient que des fonds indiciels gérés par des géants comme Fidelity et Vanguard devront acquérir des millions d’actions SpaceX quasi immédiatement. Pour des millions d’Américains, cela se traduit par une exposition automatique à l’action dans leurs plans d’épargne retraite (401(k)) et leurs portefeuilles personnels, qu’ils le souhaitent ou non. Les entreprises d’intelligence artificielle Anthropic et OpenAI, qui prévoient aussi des introductions en Bourse cette année, bénéficieraient du même traitement.
Tous les indices n’ont pas suivi. Standard & Poor’s a annoncé qu’il n’assouplirait pas ses conditions d’entrée dans le S&P 500 : SpaceX ne pourra y être incluse qu’après une période de cotation d’au moins un an, soit à partir de mi-2027. L’agence a justifié ce refus en estimant que des exceptions ne devraient pas être accordées sur la seule base de la capitalisation boursière.
Les responsables du Nasdaq ont nié avoir agi spécialement pour SpaceX. Le président de l’opérateur boursier, Nelson Griggs, a expliqué que les discussions sur ces modifications avaient commencé il y a plus d’un an, et que la taille des sociétés concernées justifiait un accès plus rapide pour les investisseurs. Emily Spurling, directrice des indices mondiaux du Nasdaq, a déclaré que son rôle était de garantir que l’indice Nasdaq-100 continue de représenter les 100 plus grandes sociétés non financières cotées sur le Nasdaq.
Des conditions inhabituelles imposées par Musk
Elon Musk a profité de la position de force de son entreprise pour imposer des conditions inédites. Il a exigé que les banques, cabinets d’avocats et autres conseillers travaillant sur l’introduction souscrivent un abonnement à Grok, son chatbot d’intelligence artificiel intégré à SpaceX. De plus, au lieu de fournir une fourchette de prix, il a fixé un prix unique de 135 dollars par action, laissant aux acheteurs le choix de prendre ou de laisser l’offre.
Engouement des particuliers au Royaume-Uni
Parallèlement, la demande des investisseurs particuliers, notamment britanniques, atteint des niveaux records. Selon des données récentes, des dizaines de milliers d’épargnants au Royaume-Uni cherchent à acquérir des actions SpaceX. La société a prévu d’allouer une part jamais vue de son offre à ce type d’investisseurs. Cette ruée s’explique par la notoriété de la marque et l’image de succès véhiculée par les réalisations de SpaceX, comme le réseau de satellites Starlink et les lancements privés.
Des inquiétudes sur les risques
L’entrée rapide de SpaceX dans les fonds indiciels suscite des critiques. John Polonis, ancien avocat de Wall Street ayant travaillé chez J.P. Morgan, juge la situation historiquement inédite. Selon lui, les épargnants qui tenteraient de réorienter leurs comptes retraite pour éviter les fonds exposés à des sociétés comme SpaceX peineraient à le faire, et se retrouveraient de fait exposés malgré eux à des risques accrus.
Les partisans de l’assouplissement rétorquent que les grandes entreprises technologiques, qui restent longtemps privées, sont déjà mûres et stables au moment de leur introduction, ce qui justifie une intégration plus rapide dans les indices. Toutefois, le refus du S&P 500 montre que le débat reste ouvert.
L’introduction en Bourse de SpaceX, prévue cet été, sera scrutée de près. Elle pourrait modifier durablement les règles du jeu pour les futures cotations de grandes entreprises technologiques.