L'entrée en Bourse de SpaceX, qui doit avoir lieu vendredi, attire l'attention de grands fonds souverains du Moyen-Orient. Plusieurs institutions de la région envisageraient de participer à l'opération, selon des informations concordantes. L'enjeu est de taille : l'entreprise dirigée par Elon Musk prévoit de lever jusqu'à 75 milliards de dollars (environ 65 milliards d'euros) en mettant sur le marché près de 555,6 millions de titres au prix unitaire de 135 dollars.

Cette opération constituerait la plus importante introduction en Bourse (IPO) de l'histoire, surpassant le précédent record établi par Saudi Aramco en 2019, lorsque le géant pétrolier avait levé 26 milliards de dollars. Seuls 4 % du capital de SpaceX seraient proposés aux investisseurs, ce qui conférerait à l'entreprise une valorisation totale d'environ 1 800 milliards de dollars. Une telle valorisation la placerait d'emblée au septième rang des sociétés cotées aux États-Unis.

Des finances dans le rouge

Malgré ces chiffres vertigineux, les comptes de SpaceX suscitent des interrogations. L'année précédente, la société a enregistré un chiffre d'affaires de 18,7 milliards de dollars pour une perte nette de 4,9 milliards. L'entreprise a indiqué qu'elle ne s'attendait pas à devenir rentable à court terme. Sa dette atteignait environ 29 milliards de dollars à la fin du mois de mars. Sur la base de ces résultats, SpaceX serait valorisée près de 94 fois ses revenus annuels, un ratio très supérieur à celui de géants de la tech comme Apple, Alphabet ou Nvidia.

Le cabinet d'analyse financière Morningstar a, de son côté, estimé la valeur de l'entreprise à 780 milliards de dollars, soit moins de la moitié de la valorisation boursière visée. Le prospectus d'introduction, déposé auprès du gendarme boursier américain, évoque pourtant un marché potentiel de 28 500 milliards de dollars pour les services intégrés que SpaceX entend proposer dans l'espace.

Starlink, seule activité rentable

Fondée en 2002, SpaceX s'est imposée comme le premier fournisseur mondial de services de lancement, grâce notamment à ses fusées réutilisables. Son activité la plus lucrativ est Starlink, un réseau d'environ 8 000 satellites fournissant un accès à internet à haut débit à des particuliers, des gouvernements et des entreprises. Il s'agit actuellement de la seule division bénéficiaire du groupe.

Plus tôt dans l'année, SpaceX a étendu ses activités à l'intelligence artificielle en fusionnant avec xAI, une société créée par Elon Musk en 2023 pour concurrencer OpenAI et Anthropic. Le dirigeant projette d'installer d'immenses centres de données (data centers) dans l'espace, afin d'exploiter l'énergie solaire et le froid du vide spatial pour le refroidissement, contournant ainsi les limitations énergétiques et thermiques rencontrées sur Terre. Les fonds levés lors de l'introduction en Bourse doivent servir à financer ces projets, ainsi que les missions vers Mars.

Un engouement qui suscite des craintes

Si l'enthousiasme des investisseurs est réel, certains observateurs mettent en garde contre les risques. L'écart entre les ambitions affichées et les résultats financiers actuels nourrit le doute. La valorisation extrêmement élevée, couplée à l'absence de rentabilité et à un endettement important, constitue un signal d'alarme pour une partie du marché.