L'opération d'introduction en Bourse de SpaceX, qui doit être bouclée mercredi, ne se déroule pas sans heurts en coulisses. La répartition des rôles entre les différentes banques chargées de l'opération a provoqué des mécontentements parmi plusieurs grands établissements financiers, plusieurs d'entre eux s'estimant relégués à des positions jugées peu valorisantes.

Selon des sources proches du dossier, la direction de SpaceX, sous l'impulsion de son fondateur Elon Musk, a imposé une hiérarchie stricte entre les banques participantes, bouleversant les équilibres habituels de Wall Street. Certaines grandes banques d'investissement, pourtant habituées à occuper les premières places lors des introductions en Bourse de cette envergure, se sont vu confier des rôles de second plan, ce qui a suscité des tensions.

Un précédent qui inquiète

Cette situation rappelle les méthodes employées par Elon Musk lors de l'introduction en Bourse de Tesla en 2010. Déjà à l'époque, le dirigeant avait imposé une structure inédite et une rémunération réduite aux banques, refusant de se plier aux usages de la place financière new-yorkaise.

La demande pour les actions SpaceX est historique, dépassant largement le nombre de titres disponibles. Les ordres de souscription doivent être clôturés mercredi. L'action est proposée à 135 dollars, ce qui valorise l'entreprise à environ 1 770 milliards de dollars, une somme record pour une introduction en Bourse.

Un appétit insatiable des investisseurs

L'engouement autour de cette opération est tel que de nombreux investisseurs institutionnels et particuliers tentent de se procurer des actions, y compris via des fonds indiciels qui ont dû ajuster leur composition pour intégrer le titre. La demande est si forte que certaines plateformes de courtage en ligne ont dû se réorganiser pour faire face à l'afflux de commandes.

Pourtant, la santé financière de SpaceX présente des contrastes. Si l'entreprise domine le marché du lancement spatial grâce à sa fusée Falcon 9 et à son réseau Starlink, elle continue d'investir massivement dans le développement du Starship, son vaisseau destiné aux missions interplanétaires, ce qui pèse sur sa rentabilité à court terme.

Des banques mécontentes mais contraintes d'accepter

Les banques mécontentes n'ont guère d'autre choix que d'accepter les conditions imposées par SpaceX, compte tenu de l'attrait de l'opération et de la perspective de commissions, même réduites, sur une levée de fonds d'une telle ampleur. Refuser de participer reviendrait à se priver d'une référence prestigieuse dans le secteur des technologies et de l'aérospatial. Certains établissement financiers espèrent également que cette participation leur ouvrira des portes pour de futures opérations avec d'autres entreprises du secteur ou avec SpaceX elle-même.

L'introduction en Bourse de SpaceX, l'une des plus attendues de la décennie, marque donc un tournant pour Wall Street, qui doit composer avec les méthodes de son fondateur charismatique. La clôture des ordres mercredi soir scellera le sort de cette opération, dont le succès ne fait guère de doute, mais qui laisse un goût amer à certains acteurs historiques de la finance.