Un paroissien régulier, qui s’était fait remettre environ 200 000 euros par une trentaine de prêtres âgés dans la capitale, a été relaxé par le tribunal judiciaire de Paris. La juridiction a estimé que les mensonges qu’il avait proférés ne constituaient pas une infraction pénale.
Les juges ont notamment considéré qu’« un simple mensonge n’est pas un délit ». Selon la décision consultée, les stratagèmes employés par le prévenu – récits d’une grave maladie, dettes urgentes ou difficultés familiales – ne caractérisaient ni une escroquerie ni un abus de faiblesse, faute d’avoir utilisé des manœuvres frauduleuses déterminantes ou de s’être adressé à des personnes particulièrement vulnérables.
Le parquet avait pourtant requis une peine de dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une interdiction d’entrer en contact avec les victimes. Mais le tribunal a estimé que les prêtres avaient donné leur argent de leur plein gré, après avoir été convaincus par des histoires inventées.
Des sommes allant de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros
L’affaire avait débuté après des signalements émanant de plusieurs membres du clergé parisien. L’homme, âgé d’environ cinquante ans et fidèle d’une paroisse, abordait les prêtres dans des églises ou à leur domicile. Il gagnait leur confiance en se présentant comme un croyant sincère, puis sollicitait de l’argent en invoquant des situations personnelles dramatiques. Les montants variaient : certains religieux ont versé quelques centaines d’euros, d’autres plusieurs milliers.
Selon les éléments portés devant la justice, l’ensemble des sommes est estimé entre 200 000 et 230 000 euros. Au-delà des demandes répétées d’argent, plusieurs ecclésiastiques ont décrit un comportement insistant, proche du harcèlement. L’homme se présentait régulièrement à leurs portes ou les appelait fréquemment.
Un cadre juridique strict
Pour retenir l’escroquerie, le droit français exige l’emploi de manœuvres frauduleuses, d’un faux nom ou d’une fausse qualité ayant déterminé la remise de fonds. En l’espèce, le tribunal a jugé que les récits du prévenu, bien que mensongers, ne constituaient pas des manœuvres assez élaborées pour tromper des personnes normalement avisées. Les prêtres, du fait de leur âge ou de leur isolement, n’ont pas été considérés comme juridiquement vulnérables au sens de l’infraction d’abus de faiblesse.
Cette décision met en lumière les limites du droit pénal face à des comportements moralement répréhensibles mais qui ne correspondent pas aux définitions légales des infractions. La relaxe est définitive, le ministère public n’ayant pas fait appel dans les délais.
Des victimes marquées
Plusieurs des prêtres abusés ont exprimé leur sentiment d’injustice. Certains ont confié avoir été profondément blessés par celui qu’ils considéraient comme un frère dans la foi. L’un d’eux a précisé avoir versé plusieurs milliers d’euros sur plusieurs années, cédant à ce qu’il pensait être une urgence humanitaire.
La décision relance le débat sur la protection des personnes âgées isolées, même lorsqu’elles ne présentent pas de signes manifestes de vulnérabilité. Les associations d’aide aux victimes rappellent que la manipulation affective et la persuasion par le mensonge peuvent causer des préjudices importants, sans pour autant tomber sous le coup de la loi pénale.
L’homme, qui n’avait aucun antécédent judiciaire notable, a depuis cessé toute démarche auprès des paroisses parisiennes.