L'offensive ukrainienne contre les infrastructures pétrolières russes prend une nouvelle dimension. Alors que la pénurie de carburant gagne du terrain en Russie et en Crimée occupée, les forces de Kiev ont élargi leur champ d'action en mer Noire et jusqu'en Sibérie.

Entre le 6 et le 8 juillet, les drones navals ukrainiens ont frappé 19 pétroliers russes, un cargo et un ferry, selon le commandant des forces ukrainiennes de systèmes sans pilote, Robert Brovdi. Neuf de ces navires-citernes ont été touchés au cours de la seule nuit du 7 juillet. Ces attaques visent à couper les voies d'approvisionnement en carburant de la Crimée annexée, désormais privée de routes terrestres, a précisé le porte-parole de la marine ukrainienne, Dmytro Pletenchuk. « Ils avaient peu d'options. C'est soit un corridor terrestre, soit une liaison maritime », a-t-il déclaré, ajoutant que le pont de Kertch n'est pas utilisé pour transporter des volumes importants de carburant en raison des risques démontrés par l'explosion d'un camion en 2022 qui avait enflammé un train de carburant.

Des frappes jusqu'en Sibérie

Parallèlement, Kiev a mené des raids sur des raffineries situées profondément en territoire russe. Pour la première fois, la raffinerie d'Omsk, en Sibérie – la plus grande de Russie, à plus de 2 500 kilomètres de la frontière ukrainienne – a été touchée. Cette extension géographique des frappes, combinée aux attaques navales récentes, illustre la volonté ukrainienne d'asphyxier l'économie de guerre russe et de provoquer des pénuries d'essence et de diesel sur le marché intérieur.

Un changement de tactique assumé

Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a expliqué que son pays s'était recentré sur la Crimée après avoir neutralisé le terminal pétrolier de Novorossiysk, sur la côte russe opposée à la péninsule. « Nous ralentissions la militarisation de notre péninsule occupée par la Russie », a-t-il confié. Cette stratégie vise à limiter la capacité de Moscou à approvisionner ses forces stationnées en Crimée et à faire pression sur le Kremlin.

Conséquences sur le terrain

En Crimée, la distribution de carburant au public a été suspendue fin juin, et l'état d'urgence décrété. En Russie même, les files d'attente s'allongent devant les stations-service dans plusieurs régions, notamment à Moscou. Le président Vladimir Poutine a reconnu fin juin un « certain déficit » de carburant. Mi-juillet, l'interdiction d'exporter du diesel, annoncée début juillet après des frappes antérieures, est en vigueur pour tenter de stabiliser le marché intérieur, mais les nouvelles attaques compliquent encore la situation.

La réaction officielle russe n'a pas encore été communiquée sur ces dernières frappes, mais les analystes anticipent de nouvelles difficultés logistiques pour l'armée russe, qui dépend fortement des voies maritimes et ferroviaires pour approvisionner le front sud.