Dans un entretien accordé au New York Times et publié dimanche, Scott Pelley, l’ancien présentateur vedette de 60 Minutes, a livré des accusations précises contre Bari Weiss, la rédactrice en chef de CBS News. Selon lui, cette dernière serait intervenue directement sur le contenu d’un reportage consacré à la mort de Renee Good, une manifestante tuée en janvier à Minneapolis par un agent de l’immigration.

Scott Pelley, qui a été congédié de l’émission phare il y a quelques jours, affirme que Bari Weiss a adressé un courriel à son supérieur hiérarchique peu avant la mise à l’antenne du sujet. Le journaliste rapporte que cette communication contenait des demandes tendant à orienter la narration. Il déclare : « Deux des choses dans l’e-mail sont : ‘Pouvons-nous faire en sorte que les manifestants paraissent plus violents ?’ Je paraphrase, je n’ai pas la citation exacte, mais c’est ce qui m’a été communiqué. Et l’autre chose : la voiture de Renee Good. Vous devez la décrire comme roulant vers l’agent. »

Ces révélations interviennent dans un climat de tensions exacerbées au sein de la rédaction de CBS. Le vétéran du journalisme, âgé de 68 ans, accuse la direction de vouloir imposer une « culture du mensonge et du parti pris » au détriment de l’intégrité éditoriale. Il estime que les pressions exercées visaient à aligner la couverture médiatique sur la version des faits avancée par l’administration Trump, laquelle avait qualifié l’incident de légitime défense de la part de l’agent.

Contexte de l’affaire Renee Good

L’affaire renvoie à la mort de Renee Good, une participante à une manifestation à Minneapolis, abattue par un agent fédéral de l’immigration. Les circonstances exactes de la fusillade demeurent controversées. Tandis que des témoins ont décrit une scène confuse, les autorités ont soutenu que la conductrice avait représenté une menace directe pour l’agent. La demande attribuée à Bari Weiss — insister sur le fait que Good « roulait vers » l’officier — correspond à cette dernière interprétation.

Pour Pelley, cette ingérence éditoriale est symptomatique d’une dérive plus large. Il affirme que CBS News, sous la direction de Weiss, aurait favorisé des récits servant des intérêts politiques plutôt que de rechercher la vérité factuelle. Il a qualifié de « faussetés et de parti pris » les modifications demandées.

Réactions et suite du conflit

Le limogeage de Scott Pelley est intervenu après plusieurs semaines de friction avec la hiérarchie. En juin, lors d’une réunion houleuse, le journaliste avait déjà dénoncé ce qu’il percevait comme une destruction méthodique de la crédibilité de 60 Minutes. Son départ a été officialisé le 4 juin, suscitant une onde de choc dans le paysage médiatique américain.

CBS News n’a pas encore répondu publiquement aux accusations contenues dans l’interview du New York Times. La chaise occupée par Bari Weiss, nommée à la tête de la rédaction en 2022 dans le but affiché de restaurer la confiance du public, se trouve désormais sous un nouvel examen.

Les propos de Pelley renforcent le récit d’un conflit ouvert entre les journalistes de terrain et la direction de CBS. Ils surviennent dans un contexte où plusieurs médias américains sont critiqués pour leur traitement de sujets sensibles, notamment les violences policières et les manifestations.

Un journaliste respecté

Scott Pelley a passé l’essentiel de sa carrière chez CBS, où il a été correspondant à la Maison-Blanche, présentateur du journal du soir pendant six ans, puis l’un des visages de 60 Minutes. Sa stature et son expérience donnent un poids particulier à ses accusations. Son départ, et les détails qu’il livre aujourd’hui, risquent d’alimenter un débat plus large sur l’indépendance éditoriale face aux pressions internes et politiques.