Une accusation publique d’ingérence éditoriale

Licencié après trente-sept ans de maison, Scott Pelley, ancien correspondant de « 60 Minutes » et présentateur du « CBS Evening News », a livré pour la première fois son récit détaillé des événements ayant conduit à son éviction. Il dénonce une « culture du mensonge et du parti pris » imposée par la nouvelle direction de CBS News, dirigée par Bari Weiss, ancienne éditorialiste sans expérience en télévision. Selon Pelley, cette culture s’est incarnée dans un incident précis, qu’il décrit comme une tentative d’interférence éditoriale sur le contenu de l’émission phare du dimanche soir.

Le journaliste affirme que la direction a cherché à infléchir le traitement de certains sujets pour des raisons idéologiques, sans toutefois fournir le détail complet de l’affaire dans ses premières déclarations. Il précise désormais que cette pression directe l’a conduit à s’opposer frontalement à Nick Bilton, nouveau responsable de « 60 Minutes » nommé par Mme Weiss après le renvoi de plusieurs cadres historiques de l’émission.

« Black Thursday » et la purge des cadres historiques

Rappelant le contexte de son départ, Pelley évoque la journée du 28 mai 2026, qu’il surnomme « le jeudi noir ». Ce jour-là, l’ensemble de l’équipe dirigeante de « 60 Minutes » a été remerciée, y compris Tanya Simon, première femme à occuper le poste de productrice exécutive du programme. « Personne n’avait prévu ce massacre », confie-t-il, soulignant que sous la direction de Mme Simon, l’audience linéaire avait augmenté de 9 % et la présence en ligne de 190 %, avec 2,5 milliards de vues cumulées sur la saison écoulée.

Selon Pelley, ces résultats contredisent la narrative de déclin avancée par la nouvelle direction pour justifier les changements. Il estime que le licenciement de sa collègue et d’autres correspondants de premier plan visait à installer une ligne éditoriale docile aux orientations politiques de la direction.

Un conflit ouvert avec Nick Bilton

Le point de rupture est survenu lors d’une réunion du personnel où Pelley s’est violemment opposé à Nick Bilton. Ce dernier, un ancien journaliste technologique sans expérience dans le magazine d’information, avait été choisi par Bari Weiss pour remplacer les cadres démis. Les tensions, déjà vives, ont dégénéré lorsque Pelley a accusé publiquement Bilton de vouloir « détruire » l’émission au profit d’un agenda partisan.

Cette altercation a précipité le licenciement de Pelley, quelques jours plus tard. Il rejoint ainsi une liste de plusieurs correspondants de « 60 Minutes » également écartés, tous ayant formulé des accusations similaires d’interférence et de biais éditorial. CBS News et Bari Weiss ont fermement nié ces allégations.

Le contexte plus large : vente de CBS et procès Trump

Ces remous s’inscrivent dans une période de turbulences pour CBS. Le réseau a été récemment acquis par le milliardaire David Ellison, après une controverse liée à un accord financier avec le président Donald Trump à propos d’un segment de « 60 Minutes ». La nomination de Bari Weiss, figure controversée issue du journalisme d’opinion, avait déjà suscité des inquiétudes parmi les journalistes de la rédaction.

Pelley, qui a couvert la Maison-Blanche et animé le journal du soir pendant des années, estime que l’indépendance éditoriale de « 60 Minutes » est gravement menacée. Il espère que son témoignage contribuera à alerter le public sur ce qu’il considère comme une dérive autoritaire et partisane au sein de l’un des programmes d’information les plus influents des États-Unis.

Une défense sans concessions

Interrogé sur les motivations de la direction, Pelley rejette l’idée que les changements visaient simplement à moderniser le format ou à accroître l’audience. Il insiste sur le fait que la pression exercée sur les journalistes pour qu’ils adoptent une ligne favorable au nouveau propriétaire et à ses alliés politiques constitue une trahison des principes fondamentaux du métier. « Ce n’est plus du journalisme, c’est de la propagande », affirme-t-il, tout en reconnaissant que ses propos pourraient lui valoir des poursuites.

CBS News et Bari Weiss n’ont pas commenté spécifiquement les nouvelles déclarations de Scott Pelley, mais maintiennent leur position : les accusations d’ingérence sont infondées et les décisions de personnel relèvent d’une gestion normale de l’entreprise.

L’avenir de « 60 Minutes » en question

Alors que la nouvelle saison approche, l’incertitude plane sur le sort de l’émission. Les départs en cascade de ses figures historiques laissent craindre une perte de crédibilité et d’audience. Pelley, de son côté, dit ne pas regretter ses prises de position, même si elles lui ont coûté son poste. Il se dit prêt à poursuivre son combat pour l’indépendance de la presse, que ce soit devant les tribunaux ou dans l’espace public.