Une réunion de staff destinée à apaiser les tensions a viré à l’affrontement lundi matin au siège new‑yorkais de CBS, lorsque Scott Pelley, correspondant de longue date de l’émission « 60 Minutes », s’en est pris directement à la direction de la chaîne. Selon plusieurs sources informées des faits, Pelley a accusé Bari Weiss, la rédactrice en chef du réseau nommée l’an dernier, de « détruire » l’émission, ajoutant qu’elle « ne l’aimait pas » et qu’elle avait « été embauchée pour la tuer ».

Nick Bilton, nouveau producteur exécutif fraîchement nommé, tentait pourtant de rassurer l’équipe. « Pour moi, le journalisme reste le journalisme. C’est pourquoi je suis ici, c’est pourquoi nous sommes tous ici », a‑t‑il déclaré, selon un enregistrement de la réunion obtenu par des sources. Il a démenti les rumeurs selon lesquelles il transformerait le format historique de l’émission en pastilles très courtes comparables à TikTok, affirmant que « l’émission restera telle qu’elle est pour l’instant ». Mais ses propos n’ont pas suffi à calmer Pelley, qui a jugé les qualifications de Bilton « minces » pour un tel poste.

Des licenciements qui suscitent l’indignation

La réunion faisait suite à une semaine particulièrement mouvementée. La direction de CBS News avait en effet annoncé le départ – que Pelley a qualifié de « Jeudi noir » – de Tanya Simon, l’ancienne productrice exécutive de « 60 Minutes », et de sa directrice adjointe. Deux correspondantes de l’émission, Sharyn Alfonsi et Cecilia Vega, ont également été remerciées, dans le cadre d’une vaste restructuration de la rédaction.

Ces décisions, prises par la direction – David Ellison, magnat de la technologie qui a pris le contrôle de Paramount, maison mère de CBS, à l’issue d’une fusion de plusieurs milliards de dollars, a nommé Bari Weiss à la tête de CBS News l’an dernier –, ont provoqué une onde de choc parmi les journalistes du magazine. Pelley est monté au créneau dès lundi, reprochant à Bilton, venu d’un univers journalistique très différent puisqu’il n’a jamais travaillé dans l’information télévisée traditionnelle, son manque d’expérience dans le domaine.

Tensions croissantes avec la nouvelle direction

La relation entre les vétérans de « 60 Minutes » et Bari Weiss était déjà tendue avant ces événements. Weiss, qui s’était fait connaître comme critique virulente des grands médias traditionnels avant de prendre la tête de CBS News, incarne une ligne éditoriale controversée pour une chaîne historique. Pelley a explicitement pointé du doigt cette divergence de vision, estimant que les choix de la direction mettaient en péril l’âme et la pérennité du programme emblématique.

L’altercation, qui a eu lieu peu après 10 h, a été marquée par des échanges particulièrement vifs. Selon des personnes présentes, Pelley, dont la voix grave a par moments tremblé de colère, a dénoncé une politique qu’il juge destructrice. La direction de CBS n’a pas souhaité commenter ces incidents dans l’immédiat.

Un avenir incertain pour le magazine

« 60 Minutes », qui reste à ce jour le magazine d’information le mieux noté aux États‑Unis, est confronté à des transformations profondes commandées par sa nouvelle maison mère. L’arrivée d’un producteur exécutif sans expérience dans le broadcast news et la mise à l’écart de figures historiques du programme interrogent sur les orientations futures de l’émission. Les tensions apparues publiquement lundi pourraient ne pas rester confinées aux murs des studios new‑yorkais, alors que l’équipe cherche à savoir si la ligne éditoriale indépendante qui a fait la réputation du programme pourra survivre sous la nouvelle direction.