Lancé par le California Policy Lab en partenariat avec le California Employment Development Department, un nouvel outil statistique permet de suivre mois par mois le lien entre l’exposition à l’intelligence artificielle et les pertes d’emploi. Baptisé Observatoire californien du chômage lié à l’IA (CAIT), il exploite les données réelles des demandes d’allocations chômage pour mesurer les conséquences de la diffusion des technologies d’IA générative.

Deux tendances opposées

Les premières analyses, présentées le 25 juin 2026, dressent un tableau nuancé. D’un côté, depuis la mise à disposition de ChatGPT-3.5 en 2022, la part des demandes d’allocations provenant de travailleurs exerçant des métiers fortement exposés à l’IA n’a pas augmenté de manière statistiquement significative par rapport à la période antérieure à la pandémie. Aucune poussée soudaine de licenciements liée à l’IA n’est donc détectée à l’échelle de l’État.

De l’autre côté, un sous-groupe précis semble nettement plus vulnérable. Les travailleurs diplômés de l’enseignement supérieur occupant des fonctions à forte exposition à l’IA ont vu leurs demandes d’allocations chômage croître après l’apparition de ChatGPT-3.5, et ce niveau est resté élevé jusqu’en mai 2026, comparé aux professions faiblement exposées. Ce constat suggère que l’automatisation cognitive touche d’abord les cols blancs qualifiés, confirmant des craintes exprimées par plusieurs dirigeants technologiques ces derniers mois.

Un outil public et évolutif

L’Observatoire californien du chômage lié à l’IA est présenté comme un projet pilote visant à éclairer les politiques publiques. Le California Policy Lab rappelle que les données brutes sont mises à disposition du public et que l’outil sera actualisé chaque mois. Les chercheurs soulignent que leurs résultats concordent avec d’autres estimations nationales, issues notamment de l’enquête sur la population active américaine, qui ne trouvent pas de lien généralisé entre exposition à l’IA et hausse du chômage.

Des implications pour l’avenir du travail

Ces premiers chiffres interviennent dans un contexte de vifs débats sur la transformation du marché du travail par l’IA. Si la Californie ne connaît pas pour l’instant de vague de licenciements massifs dans les métiers exposés, la progression des demandes d’allocations chez les diplômés du supérieur pourrait être le signe avant-coureur d’une recomposition plus profonde. Les analystes soulignent que la période d’observation reste courte – moins de quatre ans – et que les effets de l’IA pourraient s’amplifier avec l’accélération du déploiement des agents autonomes et des robots de livraison, secteurs où des suppressions d’emplois sont anticipées par des dirigeants du transport.

L’Observatoire californien fournira dans les mois à venir des données actualisées qui permettront de vérifier si la tendance observée chez les diplômés s’étend à d’autres catégories de travailleurs.