L'espoir de retrouver des survivants s'amenuise mais ne s'éteint pas au Venezuela, où le bilan humain des deux séismes survenus la semaine dernière ne cesse de s'alourdir. Lundi, les autorités ont fait état d'au moins 1 719 morts, tandis que les opérations de secours se poursuivent dans un contexte de pénurie de moyens et de critiques envers la réponse gouvernementale.
Dans la ville de La Guaira, épicentre de la catastrophe, un homme de 21 ans a été retrouvé vivant sous les gravats après avoir passé 106 heures bloqué. Identifié comme Aaron Levi Cantillo, il a été hissé sur un brancard au terme d'une intervention de 43 heures, selon la présidente par intérim Delcy Rodríguez, qui a diffusé des images de l'opération. La foule présente a accueilli la nouvelle par des acclamations.
Aide internationale et colère des sinistrés
Vingt-sept pays ont dépêché plus de 2 000 secouristes et 160 chiens de recherche. L'ONU a annoncé avoir acquis 10 000 sacs mortuaires, anticipant une hausse significative du nombre de victimes. Le coordinateur des Nations unies au Venezuela, Gianluca Rampolla, a indiqué que de nombreux bâtiments effondrés n'ont pas encore été fouillés, laissant craindre un bilan bien supérieur au chiffre officiel.
Sur le terrain, les habitants expriment leur colère face à ce qu'ils perçoivent comme une mobilisation trop lente des autorités. Dans le port de La Guaira et la localité voisine de Catia La Mar, ce sont souvent des volontaires munis de simples pieds-de-biche, marteaux et pioches qui creusent les décombres à mains nues. « La protection civile est venue, mais elle n'a pas le matériel. Le gouvernement ne le fournit pas », a déploré un électricien de 32 ans, qui ne porte qu'un casque et des gants pour chercher des survivants.
Carolyn Zerpa, 39 ans, fouille les graviers à la recherche de son père et de son frère. « Avec une pioche, on ne peut pas faire grand-chose », a-t-elle confié. Son objectif est désormais de retrouver les corps pour leur offrir une sépulture décente.
Répliques et vulnérabilité des infrastructures
Plus de 600 répliques ont secoué la région depuis les séismes de magnitude 7,2 et 7,5 survenus mercredi. Lundi, une secousse de magnitude 4,6 a provoqué la fermeture du métro de Caracas par mesure de précaution, sans dégâts supplémentaires signalés. Ces tremblements de terre rappellent la fragilité du bâti vénézuélien : une analyse préliminaire d'images satellites estime que près de 59 000 bâtiments ont été endommagés ou détruits, un chiffre très supérieur au décompte officiel de 855 structures touchées.
Selon Ilan Kelman, professeur à l'University College London, « aucun bâtiment n'aurait dû s'effondrer » lors de ces séismes, si les normes parasismiques avaient été respectées. Il compare la situation à d'autres tremblements de terre récents dans le monde, où le nombre de victimes a été bien moindre.
Un contexte politique et économique pesant
La gestion de la catastrophe intervient dans un climat politique tendu. Après l'intervention militaire américaine qui a conduit à l'arrestation de l'ancien dictateur Nicolás Maduro en janvier, les États-Unis exercent une influence notable sur le gouvernement de Delcy Rodríguez. L'armée américaine a dépêché avions, navires, hélicoptères et personnels pour soutenir les secours, mais l'aide tarde à arriver dans les zones les plus isolées.
Le gouvernement a annoncé la création de deux commissions chargées respectivement de gérer les abris temporaires et d'évaluer la sécurité des routes, ponts et immeubles. Parallèlement, environ 15 800 personnes sont déplacées selon le bilan officiel, et des dizaines de milliers de personnes restent portées disparues.
Malgré la lassitude et le deuil, la découverte d'Aaron Levi Cantillo offre une lueur d'espoir. Sept autres personnes avaient été extraites vivantes des décombres dimanche, au-delà du délai de 72 heures souvent considéré comme critique pour les chances de survie.