Le président chinois Xi Jinping a entamé ce lundi une visite inédite de deux jours à Pyongyang, marquant son premier déplacement en Corée du Nord depuis 2019. Accompagné de hauts responsables dont le ministre des Affaires étrangères Wang Yi et le chef de cabinet de facto Cai Qi, il a été accueilli à l'aéroport par le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et son épouse Ri Sol-ju, selon l'agence de presse officielle chinoise Xinhua.

L'avion d'Air China transportant le chef d'État chinois s'est posé peu avant midi, heure locale, sur un tarmac où étaient déployés des officiers militaires encadrant un tapis rouge. Des enfants ont offert des fleurs aux visiteurs, tandis que des drapeaux chinois et nord-coréens flottaient sur le site. Une banderole, dont la traduction a été fournie par une agence de presse, saluait « l'amitié indestructible » entre les deux nations et souhaitait une chaleureuse bienvenue à « Comrade Xi Jinping ».

Un appel à une alliance renforcée

Avant son arrivée, Xi Jinping avait publié des déclarations dans le journal officiel nord-coréen Rodong Sinmun, appelant à un renouveau des relations bilatérales. « Quels que soient les changements d'époque ou l'évolution de la situation internationale, l'amitié traditionnelle entre la Chine et la Corée du Nord est toujours invincible », y écrivait-il. Il a également souligné que les deux pays se trouvaient à un « nouveau point de départ historique » et qu'ils intensifieraient leurs échanges dans tous les domaines. « Nous devons nous opposer à l'hégémonie, à l'autoritarisme et à toutes les tentatives et complots visant à ressusciter le militarisme qui menacent la sécurité et la stabilité régionales », a-t-il ajouté.

Cette visite intervient alors que Pékin cherche à réaffirmer son rôle de principal soutien diplomatique et économique de Pyongyang. Un groupe de réflexion basé aux États-Unis estime que la Corée du Nord dépend de la Chine pour jusqu'à 95 % de son commerce total et 85 % de ses exportations.

Un contexte géopolitique tendu

Le déplacement de Xi Jinping survient dans un contexte de rapprochement accru entre la Corée du Nord et la Russie. Pyongyang a élargi ses échanges commerciaux et militaires avec Moscou, allant jusqu'à fournir des troupes et des armes pour soutenir l'effort de guerre russe en Ukraine. En contrepartie, la Russie a apporté un appui à la Corée du Nord, sans que les détails précis de ces accords n'aient été rendus publics.

Par ailleurs, les négociations sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne entre Washington et Pyongyang sont dans l'impasse. La sœur du dirigeant nord-coréen, Kim Yo Jong, a récemment rappelé que le programme d'armes nucléaires de son pays constituait une « ligne de non-retour ».

La visite de Xi Jinping à Pyongyang fait suite à une série de rencontres diplomatiques de haut niveau. Le mois dernier, le président chinois avait accueilli à Pékin le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine lors de sommets successifs. À l'issue de l'entretien entre Xi et Trump, la Maison-Blanche avait indiqué que les deux dirigeants avaient « confirmé leur objectif commun de dénucléariser la Corée du Nord ». Cependant, les déclarations de Kim Yo Jong, émises la veille de l'arrivée de Xi, ont semblé contredire cette perspective.

Une visite aux enjeux multiples

Pour les analystes, ce déplacement vise à contrebalancer l'influence grandissante de la Russie sur la Corée du Nord et à rappeler que la Chine demeure le partenaire clé de Pyongyang. La dernière rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong Un remontait à septembre, en Chine, où le leader nord-coréen avait été invité à assister à un défilé militaire marquant le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, en compagnie de Vladimir Poutine.

Aucun agenda précis n'a été communiqué pour les entretiens qui se dérouleront durant ces deux jours. Les observateurs s'attendent toutefois à ce que les questions économiques, la coopération régionale et la position commune face aux pressions internationales soient au cœur des discussions.