Le président chinois Xi Jinping est arrivé dimanche à Pyongyang pour une rencontre avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. Il s’agit de son premier déplacement en Corée du Nord depuis six ans, un signe de l’importance que Pékin accorde à ce rendez-vous dans un contexte géopolitique tendu.
Xi Jinping, qui a considérablement réduit ses voyages à l’étranger ces dernières années, fait une exception pour ce sommet. Alors que de nombreux chefs d’État se déplacent désormais jusqu’à Pékin pour le rencontrer, le fait qu’il se rende lui-même à Pyongyang illustre l’urgence que la Chine perçoit dans le dossier nord-coréen.
Une dépendance économique qui s’érode
Historiquement, la Corée du Nord dépend de la Chine pour environ 95 % de ses échanges commerciaux, selon des estimations récentes. Mais depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, Pyongyang a noué des liens militaires étroits avec Moscou. La Corée du Nord fournit à la Russie des armes, des obus, des missiles guidés et même des effectifs, ce qui a permis à l’armée russe de maintenir son effort de guerre.
D’après une étude de l’Institut pour la stratégie nationale de sécurité de la Corée du Sud, un organisme de recherche financé par l’État, la Russie aurait versé à la Corée du Nord jusqu’à 14,4 milliards de dollars depuis 2023 pour ces fournitures et le déploiement de troupes. Toutefois, seule une fraction – entre 580 millions et 1,5 milliard de dollars – aurait été payée en biens. Le rapport estime que la plus grande partie de la rémunération pourrait avoir pris la forme de « technologies militaires sensibles ou de pièces de précision et matériaux connexes difficilement observables par satellite ».
Préoccupations chinoises face à un partenaire trop puissant
Pékin, bien que lié à Pyongyang par un traité de défense mutuelle, se montre méfiant à l’égard de ce renforcement militaire nord-coréen via la Russie. William Yang, analyste principal pour l’Asie du Nord-Est au sein de l’organisation Crisis Group, explique que « Pékin a toujours été très prudent quant à l’assistance militaire à la Corée du Nord, car une Corée du Nord militairement renforcée n’est pas nécessairement dans son intérêt ». Selon lui, un pays nord-coréen enhardi par son partenariat avec Moscou pourrait devenir une source de perturbation pour l’équilibre des forces et le statu quo dans la péninsule coréenne.
Les activités militaires nord-coréennes se sont intensifiées ces derniers mois. Depuis le début de l’année, Pyongyang a procédé à huit tirs de missiles. En mai, les médias nord-coréens ont dévoilé un nouveau missile de croisière tactique guidé par intelligence artificielle, et cette semaine, des photographies officielles ont montré Kim Jong Un visitant une usine de production de « matières nucléaires de qualité militaire », destinée à accroître la capacité nucléaire du pays à un « rythme exponentiel ».
Un enjeu régional majeur
Cette visite intervient alors que la Corée du Nord et la Corée du Sud sont toujours techniquement en guerre, un conflit suspendu depuis l’armistice de 1953. Le rapprochement entre Pyongyang et Moscou, couplé à l’acquisition potentielle de technologies avancées, inquiète non seulement la Chine mais aussi les États-Unis et leurs alliés asiatiques. En se rendant à Pyongyang, Xi Jinping cherche à réaffirmer le rôle central de la Chine dans la péninsule et à dissuader la Corée du Nord de basculer trop loin dans l’orbite russe.
Les observateurs s’attendent à ce que les discussions entre les deux dirigeants portent sur la coopération économique bilatérale, mais aussi sur les limites que Pékin souhaite imposer aux transferts de technologies militaires russes vers la Corée du Nord. Le message de Xi Jinping devrait être clair : la Chine reste le partenaire stratégique incontournable de Pyongyang, et tout renforcement non contrôlé de l’arsenal nord-coréen pourrait déstabiliser la région.