Le président chinois Xi Jinping a entamé lundi une visite d'État à Pyongyang, marquant son premier déplacement en Corée du Nord depuis 2019. À son arrivée à l'aéroport international de la capitale, il a été accueilli par le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et son épouse, Ri Sol Ju. Le couple présidentiel chinois, accompagné de son épouse Peng Liyuan, a ensuite été conduit sur la place principale de Pyongyang, où des portraits géants des deux dirigeants surplombaient un déploiement de foules, de drapeaux et de fleurs, selon les informations des médias d'État chinois.

« Vive l'amitié et l'unité indéfectibles entre la Corée du Nord et la Chine », proclamait une banderole, d'après l'agence de presse Xinhua. Cette mise en scène spectaculaire illustre l'importance que les deux régimes attachent à leur relation, souvent résumée par une ancienne métaphore chinoise attribuée au président Mao Zedong dans les années 1950 : « aussi proches que les lèvres et les dents ».

Un socle historique réactivé

Ce voyage survient dans un contexte où Pékin et Pyongyang cherchent à consolider une alliance éprouvée par les décennies. Les liens entre les deux nations plongent leurs racines avant même la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) en 1948, de nombreux dirigeants nord-coréens, à commencer par Kim Il Sung, ayant entretenu des liens avec le mouvement communiste chinois. La reconnaissance diplomatique officielle de la Corée du Nord par la République populaire de Chine intervient le 6 octobre 1949, un mois après la proclamation de cette dernière.

La guerre de Corée (1950-1953) scelle leur alliance. L'intervention massive de l'Armée des volontaires du peuple chinois, qui franchit le fleuve Yalu, empêche l'effondrement du Nord et aboutit à un statu quo qui divise toujours la péninsule. Le coût humain pour la Chine est estimé entre 180 000 et 400 000 morts, un sacrifice qui fonde la mémoire collective des deux États.

En 1961, les deux pays signent le Traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle. Cette clause d'assistance militaire réciproque, toujours en vigueur, fait de la Chine le seul allié de la Corée du Nord lié par un pacte de défense formel.

Des tensions persistantes

Malgré cette alliance historique, les relations ont connu des périodes de fortes tensions. Durant la scission sino-soviétique dans les années 1960, Pyongyang tente de ne pas prendre parti entre Pékin et Moscou. Les liens se détériorent pendant la Révolution culturelle chinoise avant de s'améliorer dans les années 1970. Un nouveau refroidissement intervient lorsque la Chine refuse de soutenir les aspirations nord-coréennes à un nouveau conflit avec le Sud.

L'une des périodes les plus turbulentes survient dans les années 1990. L'ouverture économique de la Chine et sa décision de normaliser ses relations avec la Corée du Sud en 1992 suscitent une vive inquiétude à Pyongyang, qui voit son allié de longue date se rapprocher de son ennemi juré. Par ailleurs, l'effondrement de l'Union soviétique, principal soutien de la Corée du Nord, laisse cette dernière de plus en plus isolée et dépendante de la Chine, créant un nouvel équilibre dans leur relation.

Une visite pour resserrer les rangs

Cette visite intervient dans un contexte géopolitique régional et mondial bouleversé. Les deux gouvernements ont tout intérêt à réaffirmer une relation qui a survécu à la famine, aux tensions nucléaires et à des divergences diplomatiques. Alors que les liens entre Pyongyang et Moscou se sont renforcés récemment, ce déplacement de Xi Jinping est perçu comme une manœuvre visant à réaffirmer l'influence chinoise et à éviter un éloignement stratégique de son voisin.

L'accueil réservé au dirigeant chinois, avec tous les honneurs de la cérémonie d'État, témoigne de la volonté de Kim Jong Un de maintenir un équilibre entre ses différents partenaires. Les discussions entre les deux chefs d'État devraient porter sur la coopération économique, la sécurité régionale et la coordination diplomatique face aux pressions internationales.