La victoire écrasante d'Andy Burnham à l'élection partielle de Makerfield ne marque pas seulement un revers cinglant pour la direction travailliste nationale. Elle enclenche également une course ouverte pour le poste de maire du Grand Manchester, que l'ancien ministre occupait depuis sa création en 2017.
Peu après l'annonce des résultats, plusieurs responsables politiques locaux et nationaux ont commencé à sonder les soutiens en vue de l'élection municipale anticipée qui devrait avoir lieu dans les prochains mois. Selon des sources proches des négociations, au moins trois noms circulent avec insistance : le député travailliste de Wigan, Lisa Nandy ; l'actuel maire adjoint chargé des transports, Andrew Western ; et la maire de Salford, Paul Dennett. Cependant, aucun d'entre eux n'a officiellement déclaré sa candidature.
Un départ précipité
La démission programmée d'Andy Burnham, qui a officiellement quitté ses fonctions de maire après avoir remporté le siège de Makerfield avec plus de 60 % des voix, oblige le conseil municipal à organiser une élection dans les quatre-vingts jours. Le calendrier exact n'a pas encore été fixé, mais les spéculations vont bon train sur la date, probablement à l'automne 2026.
L'élection partielle de Makerfield était elle-même devenue un test de la popularité de Burnham face à la ligne défendue par Keir Starmer. Le vainqueur n'a pas ménagé ses critiques à l'encontre de la direction nationale, dénonçant une stratégie « trop centriste » et appelant à un recentrage sur les questions sociales. Dans son discours de victoire, il a estimé que ce scrutin constituait un « tournant » pour le parti, sans pour autant appeler explicitement à une remise en cause immédiate de la direction.
Des dissensions internes
Le départ de Burnham du poste de maire laisse un vide que plusieurs factions travaillistes espèrent combler. Les partisans de l'aile gauche du parti, emmenés par le député Richard Burgon, militent pour une candidature qui incarnerait une rupture nette avec la politique de Starmer. En face, les modérés redoutent qu'une victoire d'un candidat très marqué à gauche ne serve de tremplin pour une contestation plus large de la direction nationale.
Les conservateurs, de leur côté, tentent de capitaliser sur les divisions internes des travaillistes. Le député conservateur du Grand Manchester a qualifié la situation de « chaos organisationnel » et promet de présenter un candidat « compétitif » pour la mairie. Quant au parti Reform UK, qui a obtenu un score modeste à Makerfield, il espère profiter d'une éventuelle élection à trois tours pour attirer les électeurs mécontents.
Une gestion régionale en suspens
En attendant l'élection, le conseil municipal du Grand Manchester sera géré par un intérim. Le secrétaire d'État au Logement et aux Collectivités locales, Michael Gove, a indiqué que le gouvernement central superviserait la transition pour garantir la continuité des services publics. Les associations d'élus locaux pressent les autorités de fixer rapidement une date afin de limiter l'incertitude.
Les enjeux sont considérables : le Grand Manchester est la plus grande métropole régionale d'Angleterre après Londres, avec des compétences étendues en matière de transports, de logement et de développement économique. Le prochain maire devra notamment gérer le dossier épineux du financement des infrastructures, sujet sur lequel Burnham avait bâti une partie de sa popularité.
Quelle suite pour Burnham ?
André Burnham, qui a fait son entrée à la Chambre des communes, ne devrait pas rester longtemps simple député d'arrière-ban. Ses proches évoquent la possibilité qu'il se porte candidat à la direction du Parti travailliste si Keir Starmer venait à démissionner. Cependant, une source anonyme au sein du parti prévient : « Pour l'instant, personne ne parle de départ de Keir. Mais les regards sont braqués sur Makerfield et sur ce que Andy fera de sa victoire. »
Dans l'immédiat, l'ancien maire devra composer avec son nouveau rôle parlementaire. Il a promis de continuer à défendre les intérêts du Grand Manchester, tout en pesant sur les orientations nationales. Ses premiers gestes à Westminster seront scrutés de près par les députés travaillistes, qui y verront le signal d'une offensive ou d'un apaisement.