Un scrutin sous le signe du réalignement
Les électeurs arméniens se sont rendus aux urnes dimanche pour des élections législatives qui constituent un test majeur pour la politique étrangère du pays. Le Premier ministre sortant, Nikol Pachinian, chef du parti pro-européen, a rapidement revendiqué une « victoire historique », alors même qu'une partie seulement des bulletins avait été dépouillée. Selon les premiers résultats partiels communiqués par la commission électorale nationale, son parti obtiendrait 54,5 % des suffrages après dépouillement dans environ 21 % des bureaux de vote. La participation s'est élevée à près de 59 %.
L'opposition, menée par le parti Arménie Forte, classé comme pro-russe, recueillerait quant à elle 21,9 % des voix. Les résultats officiels complets devraient être publiés dans la journée de lundi.
Pachinian mise sur la paix et l'ouverture
Lors d'une conférence de presse tenue aux premières heures de la nuit de dimanche à lundi, Nikol Pachinian a promis de « poursuivre la voie du rapprochement avec l'Occident » tout en maintenant des relations avec la Russie. Il a également exprimé l'espoir que sa réélection susciterait « une réponse positive de la part de la Turquie et de l'Azerbaïdjan », et a déclaré vouloir « institutionnaliser la paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan ». Ce scrutin, qu'il a présenté comme un choix entre une paix durable et un retour à la guerre, intervient dans un contexte de profondes répercussions de la défaite arménienne de 2020 et de la perte du Karabakh en 2023.
Réactions internationales marquées
La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, a estimé que l'Arménie avait choisi son « avenir en Europe », en dépit des pressions russes. De son côté, le président américain Donald Trump avait apporté son soutien « total » à Nikol Pachinian avant le scrutin. La Russie, officiellement alliée de l'Arménie, a de son côté mis en garde Erevan contre une trajectoire qu'elle assimile à celle de l'Ukraine.
Un pays en mutation
Ces élections marquent une nouvelle étape dans la reconfiguration des alliances de l'Arménie, un petit pays chrétien du Caucase. Depuis son arrivée au pouvoir en 2018 à la suite de manifestations populaires, Nikol Pachinian, ancien journaliste de 51 ans, a promis de démanteler le système oligarchique post-soviétique. La perte du Karabakh en 2023, qui a provoqué l'exode de dizaines de milliers d'Arméniens, a accentué le ressentiment envers Moscou, accusé de ne pas avoir empêché l'offensive azerbaïdjanaise. Le scrutin de dimanche s'inscrit dans cette dynamique de rupture progressive avec la Russie, bien que la dépendance énergétique et sécuritaire demeure.