Ce dimanche 7 juin, les Arméniens votent pour renouveler leur Assemblée nationale, un scrutin qui pourrait déterminer l’orientation géopolitique du pays pour les années à venir. Le Premier ministre Nikol Pachinian, candidat à sa réélection, incarne un tournant pro-occidental amorcé en 2024, mais cette stratégie se heurte à la dépendance économique persistante envers la Russie.

Un rapprochement avec l’Occident contesté par Moscou

Depuis 2024, Erevan a multiplié les gestes en direction de Bruxelles et de Washington. En 2025, le Parlement arménien a adopté une loi officialisant l’intention du pays de candidater à l’Union européenne. Les 4 et 5 mai derniers, la capitale arménienne a accueilli le huitième sommet de la Communauté politique européenne, réunissant près d’une cinquantaine de chefs d’État, dont Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky. Par ailleurs, l’Arménie a signé des accords de défense avec la France et les États-Unis, prévoyant des missions de formation militaire et des acquisitions d’armements.

Cette orientation irrite profondément le Kremlin. Début avril, Vladimir Poutine a averti que l’Arménie devrait choisir entre l’Union européenne et l’Union économique eurasiatique (UEE), organisation régionale dont Erevan est membre fondateur depuis 2015. Le 29 mai, lors d’un sommet de l’UEE à Astana, au Kazakhstan, le président russe a établi un parallèle entre la situation de l’Arménie et celle de l’Ukraine, déclarant à la presse que « la crise en Ukraine avait commencé avec les tentatives de l’Ukraine de rejoindre l’UE ».

Des pressions économiques ciblées

Moscou a déjà mis en œuvre des mesures de rétorsion. Des « restrictions temporaires » ont été imposées sur les exportations arméniennes de certains fruits et légumes, tandis que des embargos ont frappé l’eau minérale Jermuk, le brandy et les fleurs, officiellement pour des « problèmes phytosanitaires ». Le Kremlin a également menacé de cesser l’approvisionnement en gaz et en pétrole aux tarifs préférentiels fixés en 2013.

Ces menaces pèsent lourd, car l’économie arménienne reste fortement tributaire de la Russie. Fin 2025, Moscou représentait près de 38 % des échanges commerciaux du pays. Dans le secteur énergétique, l’Arménie importe environ 87 % de son gaz naturel de Russie à un prix subventionné. Comme le souligne Suren Parsian, économiste à l’université d’État d’économie d’Arménie à Erevan, « le prix du gaz influence directement les tarifs d’électricité, les coûts de chauffage et la compétitivité industrielle ».

Un équilibre périlleux

Les transferts d’argent de la diaspora arménienne installée en Russie constituent une autre source de vulnérabilité : ils représentaient près de 13 % du PIB arménien en 2025, jouant un rôle crucial pour la demande intérieure, les dépôts bancaires et la liquidité du système bancaire.

Suren Parsian prévient que « l’Arménie ne peut pas se permettre de s’éloigner économiquement de la Russie ni de quitter l’UEE sans s’exposer à une grave crise. Une sortie de l’UEE pourrait coûter à l’Arménie entre 30 et 40 % de son PIB. » En cas de réélection, Nikol Pachinian serait contraint de ménager Moscou tout en poursuivant une diversification progressive de ses partenaires commerciaux et une autonomisation de son économie.

Des enjeux qui dépassent les frontières arméniennes

Au-delà de la relation bilatérale, ce scrutin est observé de près par les capitales européennes et américaines, qui voient dans l’Arménie un allié potentiel dans une région instable. La présence de nombreux dirigeants occidentaux à Erevan début mai témoigne de cet intérêt. Toutefois, la capacité de l’Arménie à maintenir son cap pro-occidental dépendra de sa résilience économique face aux pressions russes.

Les électeurs arméniens devront trancher entre la continuité du rapprochement avec l’UE et le risque de représailles économiques de Moscou. Le résultat de ce scrutin pourrait redessiner les équilibres géopolitiques dans le Caucase du Sud.