Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a revendiqué la victoire à l’issue du premier tour des élections législatives anticipées qui se sont tenues le 7 juin. Son parti, le Contrat civil, crédité d’environ 50 % des voix selon les premiers décomptes, devance largement ses adversaires. Le chef du gouvernement sortant a estimé que les résultats confirmaient que « l’Arménie va dans la bonne direction », dans une allusion à la fois au processus de paix avec l’Azerbaïdjan et à la réorientation géopolitique du pays vers l’Union européenne.
Un scrutin sous haute tension
Le vote s’est déroulé dans un climat de fortes pressions, en particulier de la part de Moscou. La Russie, alliée historique de l’Arménie au sein de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), voit d’un mauvais œil le recentrage de la politique étrangère du gouvernement Pachinian, qui s’est traduit par un gel des relations avec l’OTSC et un rapprochement avec les institutions européennes. Les observateurs ont noté que le scrutin s’apparentait à un référendum implicite sur la signature d’un traité de paix avec l’Azerbaïdjan, après des années de conflit autour du Haut-Karabagh.
Malgré l’avance confortable du Contrat civil, la barre des 50 % n’a pas été franchie de façon définitive selon les premières estimations, ce qui pourrait contraindre la formation pro-européenne à un second tour. Les projections indiquent que le parti d’opposition Arménie, dirigé par l’ancien président Robert Kotcharian, recueillerait entre 20 et 25 % des suffrages, tandis que d’autres listes se partagent le reste. Le système électoral arménien prévoit qu’aucun parti ne peut remporter seul la majorité absolue au premier tour s’il n’atteint pas le seuil des 50 % des voix exprimées, ouvrant la voie à une éventuelle coalition.
Un test sur la paix avec Bakou
Le déroulement du scrutin a été marqué par la question lancinante de la normalisation des relations avec l’Azerbaïdjan. Nikol Pachinian, qui a signé en 2020 un cessez-le-feu ayant mis fin à la guerre de quarante-quatre jours, a fait de la conclusion d’un accord de paix l’une de ses priorités. Bakou a récemment manifesté son ouverture à des pourparlers directs, mais les tensions restent vives autour de la délimitation des frontières et du sort des populations déplacées.
Les formations d’opposition, pour leur part, ont mené campagne sur un ton hostile à toute concession territoriale, accusant le Premier ministre de vouloir « humilier » le pays. Plusieurs meetings ont viré à l’affrontement entre partisans et opposants, obligeant les forces de l’ordre à intervenir à Erevan. La commission électorale centrale a fait état de quelques incidents isolés sans remettre en cause la régularité globale du scrutin.
Réorientation géopolitique en filigrane
Au-delà de la compétition interne, les législatives étaient observées de près par les capitales étrangères. Bruxelles suit avec attention le virage pro-européen du gouvernement arménien, qui s’est concrétisé par le lancement d’un dialogue sur la libéralisation des visas et l’approfondissement des accords commerciaux. Moscou, en revanche, a multiplié les mises en garde : le porte-parole du Kremlin a rappelé que l’Arménie demeurait un partenaire stratégique, tout en jugeant « contre-productif » l’éloignement de l’OTSC.
Perspectives
Si un second tour devait se tenir dans les deux semaines, le Contrat civil aborderait cette échéance en position de force, mais sans garantir une majorité absolue au Parlement. La formation au pouvoir pourrait alors devoir négocier avec des alliés potentiels, qu’ils soient issus des rangs de l’opposition modérée ou de formations plus petites. Les tractations en vue de former une coalition devraient s’ouvrir dès la publication des résultats officiels complets.
Le secrétaire du Conseil de sécurité arménien a déclaré que le gouvernement était prêt à « respecter la volonté des urnes, quelle qu’elle soit ». De son côté, l’opposition conteste déjà la fiabilité de certains bulletins de vote, notamment dans les régions rurales, et menace de saisir la Cour constitutionnelle. La campagne de second tour, si elle a lieu, s’annonce donc serrée.
Conclusion
Le premier tour des législatives arméniennes a offert une avance nette à Nikol Pachinian, mais la perspective d’un second tour maintient le suspense sur la capacité du Premier ministre à obtenir une majorité stable pour mener sa politique de paix avec l’Azerbaïdjan et de rapprochement avec l’UE. Les prochains jours seront déterminants pour clarifier l’issue du scrutin et la configuration politique qui en résultera.