Le triomphe annoncé du « Contrat civil »
Nikol Pachinian a revendiqué la victoire aux élections législatives anticipées en Arménie, dès la clôture du scrutin, dimanche 8 juin. Son parti, le « Contrat civil », arrivait largement en tête selon les estimations des instituts de sondage et les premiers résultats officiels partiels, confirmant le succès de sa stratégie d’ancrage pro-européen. Le chef du gouvernement sortant s’est adressé à ses partisans réunis sur la place de la République à Erevin, affirmant que « le peuple arménien a fait un choix clair pour l’avenir européen du pays ».
D’après les données publiées par la Commission électorale centrale, portant sur environ 60 % des bulletins dépouillés, l’alliance « Contrat civil » recueillait plus de 55 % des suffrages, devançant très nettement ses principaux concurrents. Le parti « Arménie », dirigé par l’ancien président Robert Kotcharian, obtenait autour de 18 % des voix, tandis que la formation « Héritage arménien » atteignait près de 10 %.
Un scrutin sous haute tension
Ces élections législatives étaient perçues comme un test crucial pour l’orientation géopolitique de l’Arménie, traditionnellement alliée de la Russie mais engagée depuis plusieurs années dans un processus de rapprochement avec l’Union européenne. Le scrutin s’est déroulé dans un climat de fortes tensions, marqué par des accusations réciproques de fraudes et de pressions. L’opposition avait dénoncé par avance des « irrégularités massives » et le risque d’un « hold-up électoral », tandis que le camp au pouvoir assurait vouloir garantir un vote « transparent et démocratique ».
Plusieurs organisations non gouvernementales et missions d’observation internationales ont déployé des équipes dans tout le pays. Dans un rapport préliminaire, les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont estimé que le scrutin s’était « globalement déroulé dans le calme », tout en relevant « des signes de polarisation et des allégations non étayées de fraude ».
La participation en hausse
La participation a été jugée « en légère hausse » par rapport aux précédentes législatives de 2021, avec un taux de vote atteignant environ 54 % en milieu d’après-midi, selon les autorités électorales. Ce niveau témoigne de l’intérêt suscité par ce vote dans un contexte de profondes transformations pour le petit État du Caucase du Sud, confronté à une crise économique et à des défis sécuritaires liés au conflit du Haut-Karabakh.
Un virage européen conforté
Le résultat conforte le programme de réformes engagé par Nikol Pachinian, qui a fait de l’intégration européenne l’axe central de sa politique étrangère. Depuis la défaite militaire face à l’Azerbaïdjan en 2020 et la perte de contrôle du Haut-Karabakh, le premier ministre a multiplié les gestes de rupture avec Moscou, allant jusqu’à suspendre la participation de l’Arménie à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), l’alliance militaire conduite par la Russie. En mars 2024, Erevan a officiellement demandé son adhésion à l’Union européenne, un processus long et complexe mais désormais inscrit dans la loi fondamentale du pays.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, a salué dans un communiqué la « claire expression du choix démocratique du peuple arménien en faveur d’un avenir européen ». Le Kremlin, de son côté, n’a pas encore réagi officiellement à ce résultat.
Réactions contrastées
Robert Kotcharian, qui briguait un retour au pouvoir, a dénoncé un « scrutin volé » et appelé ses partisans à « ne pas reconnaître la légitimité de ce résultat ». Il a promis de « poursuivre la lutte par tous les moyens légaux ». Dans une déclaration à la presse, le dirigeant d’ « Héritage arménien », Aram Sarkissian, a estimé que « la volonté du peuple est claire », tout en appelant le vainqueur à « gouverner pour tous les Arméniens » et à éviter « la tentation de l’autoritarisme ».
La Commission électorale centrale doit publier les résultats définitifs dans les prochains jours, après l’examen des éventuels recours. En attendant, Nikol Pachinian peut s’appuyer sur une majorité confortable lui permettant de poursuivre ses réformes et d’accélérer le rapprochement avec l’Occident.