Une entrée en scène sous les hourras
Andy Burnham a fait son entrée au Parlement lundi dans une atmosphère d'euphorie, accueilli par des centaines de députés travaillistes qui voient en lui le sauveur du parti. L'ancien maire du Grand Manchester a prêté serment avec un faste et un charisme que ses collègues espèrent voir mettre fin à la crise politique que traverse le Royaume-Uni. Une photo de groupe, immortalisant le sourire des élus massés derrière lui, a circulé dans les couloirs de Westminster comme un symbole de l'espoir renaissant.
Alors que Keir Starmer a annoncé sa démission la veille, la succession semble désormais réglée. Plusieurs candidats potentiels se sont retirés de la course lundi et ont apporté leur soutien à M. Burnham, le plaçant en position de force pour prendre la tête du Parti travailliste et, par conséquent, du gouvernement. Dans l'enceinte du Parlement, il est déjà traité comme le prochain locataire du 10 Downing Street.
Un héritage économique et politique lourd
Pourtant, Andy Burnham va hériter d'un pays qui n'a pas résolu les problèmes ayant conduit à la chute prématurée de Keir Starmer, après moins de deux ans à la tête de l'exécutif. L'économie britannique reste atone, les services publics souffrent d'un sous-investissement chronique, et une mouvance populiste gagne du terrain. À cela s'ajoute la relation complexe avec le président américain Donald Trump, dont l'administration réduit son engagement militaire en Europe.
« Il n'y a pas de bonnes décisions pour ce nouveau gouvernement : l'héritage est terrible », analyse Luke Sullivan, qui fut le directeur politique de Keir Starmer avant son accession au pouvoir. « Les problèmes structurels majeurs du Royaume-Uni, les grands enjeux de sécurité internationale, tout cela ne va pas changer. Il a une chance, mais le chemin qu'il devra emprunter pour réussir est incroyablement étroit », ajoute-t-il.
Le spectre du Brexit plane toujours
La démission de Keir Starmer est survenue la veille du dixième anniversaire du référendum sur le Brexit, qui a profondément divisé le pays le 23 juin 2016. Andy Burnham s'apprête à devenir le septième Premier ministre britannique depuis cette décision, dont les conséquences continuent de peser sur l'économie. De nombreux experts attribuent en partie la lenteur de la croissance à l'isolement commercial que le Royaume-Uni s'est imposé. Cette situation nourrit le mécontentement d'une partie de la population, frustrée par la stagnation des salaires, la hausse du coût de la vie et la dégradation de la qualité de vie.
Dans Makerfield, la circonscription du nord de l'Angleterre que représente Andy Burnham, ce mécontentement se fait sentir. Paul Kirkwood, un ancien responsable des opérations retraité qui soutient M. Burnham, résume ainsi le sentiment ambiant : « Quand on regarde notre sort et que notre vie ne se déroule pas comme on le souhaite, on voit ceux qui ont la richesse et le pouvoir, et on se dit : pourquoi est-ce que je paie mes impôts et pourquoi n'ai-je pas ma juste part de ce pour quoi je travaille ? »
La défense, point de tension immédiat
Parmi les dossiers urgents, la question de la défense s'annonce épineuse. Keir Starmer avait annoncé l'an dernier son intention d'accroître considérablement les dépenses militaires, mais le plan de financement n'a jamais été dévoilé. Ce mois-ci, le ministre de la Défense John Healey a démissionné en signe de protestation, accusant le Premier ministre de vouloir annoncer un effort budgétaire insuffisant. Andy Burnham devra donc rapidement clarifier sa position sur ce dossier.
Un nouveau chapitre, les mêmes défis
L'accession quasi certaine d'Andy Burnham à la tête du gouvernement ouvre un nouveau chapitre pour le Royaume-Uni, mais les défis demeurent les mêmes. Entre la relance économique, la réparation des services publics, la gestion du populisme et la place du pays dans le monde, le nouveau Premier ministre pressenti devra montrer qu'il peut réussir là où son prédécesseur a échoué. La nation divisée lui accordera-t-elle le temps nécessaire ?