Andy Burnham a remporté avec une netteté inattendue l'élection partielle de Makerfield, s'imposant comme l'une des figures centrales du paysage politique britannique. Le nouveau député de cette circonscription du Grand Manchester a totalisé 55 % des voix, devançant largement son principal adversaire Rob Kenyon (Reform UK, 35 %) et infligeant un revers sévère aux autres formations, notamment les conservateurs, les libéraux-démocrates et les Verts, qui n'ont recueilli que 3 % des suffrages cumulés.

Ce scrutin, organisé dans un bastion traditionnellement travailliste, intervient dans un contexte national morose pour le Labour, qui plafonne à 19 % dans les sondages depuis l'automne précédent. Le politologue John Curtice souligne qu’il s’agit là d’« une réussite personnelle remarquable » pour Burnham, car la circonscription était considérée comme perdue pour le parti gouvernemental : lors des élections locales du 7 mai, Reform UK y devançait le Labour de vingt points.

Des résultats contrastés avec les autres scrutins locaux

La victoire de Burnham contraste fortement avec les résultats des élections partielles organisées le même jour en Écosse. À Aberdeen South, le Parti conservateur a enregistré une progression record de vingt-cinq points, décrochant sa première victoire dans un scrutin partiel écossais depuis 1967. Dans les circonscriptions d’Aberdeen South et d’Arbroath and Broughty Ferry, le vote travailliste a respectivement chuté de 19 et 18 points. Ces échecs, conjugués à la contre-performance nationale, accentuent la pression sur Sir Keir Starmer.

Un scrutin qui alimente les ambitions de Burnham

Lors de son discours de victoire, prononcé au petit matin, Andy Burnham a déclaré que « ce soir pourrait, juste pourrait, être le tournant » et a estimé que « c’est une dernière chance de changer » pour le pays. Ces propos, inhabituels dans la bouche d’un vainqueur d’élection partielle, confirment ses ambitions pour Downing Street. Selon des proches cités par plusieurs observateurs, Burnham ne devrait pas détailler ses intentions dans l’immédiat, mais son équipe a déjà testé un argument clé pendant la campagne : il serait le seul dirigeant travailliste capable de battre Nigel Farage et Reform UK.

Pour pouvoir se présenter officiellement à une course à la direction du Labour, Burnham doit obtenir le soutien d’au moins 81 députés. Son succès dans Makerfield pourrait lui attirer les faveurs de nombreux parlementaires, d’autant que plusieurs voix, y compris au sein du cabinet, s’interrogent sur la capacité de Starmer à poursuivre son mandat.

Les réactions de Westminster : entre défiance et calculs

Pendant que les urnes étaient encore ouvertes, des alliés du Premier ministre s’efforçaient de défendre son bilan, arguant que l’écart entre le Labour et Reform UK n’est pas inhabituel à ce stade d’une législature. Un responsable a affirmé que « les choses tournent », en pointant les chiffres de l’immigration nette, la croissance économique et les fonds injectés dans les services publics. Toutefois, l’ampleur de la victoire de Burnham – il a obtenu plus de voix que tous ses adversaires réunis – risque de rendre ces arguments moins audibles.

L’analyste politique Chris Mason estime que le Premier ministre va devoir faire face à un choix crucial : soit maintenir sa ligne de défiance et risquer une fronde interne grandissante, soit accepter l’évidence d’une contestation qui pourrait déboucher sur une motion de défiance. « La question n’est plus de savoir si un défi sera lancé, mais quand et par qui », résume-t-il. Wes Streeting est également cité parmi les successeurs potentiels.

Reform UK battu, mais une nouvelle concurrence émerge

Pour Nigel Farage, cette élection partielle constitue un échec cinglant. Alors que Makerfield compte deux tiers d’électeurs ayant voté pour le Brexit en 2016, Reform UK n’a progressé que de trois points par rapport à 2024, contre des hausses de 21 et 15 points lors des précédents scrutins partiels. Le parti a également vu émerger une nouvelle formation, Restore Britain, fondée par l’ex-député Reform Rupert Lowe, qui prône une ligne encore plus dure sur l’immigration et a recueilli 7 % des voix. Ce score, qui lui a permis de sauver son cautionnement, menace de fragmenter l’électorat conservateur et eurosceptique.

Un tournant politique aux implications multiples

Au-delà de l’avenir immédiat de Sir Keir Starmer, les résultats des élections partielles de jeudi pourraient avoir des répercussions durables sur la politique énergétique du gouvernement. La campagne menée par les conservateurs à Aberdeen South, axée sur un référendum contre la politique de zéro émission nette, a rencontré un écho favorable dans une région frappée par le déclin de l’industrie pétrolière. John Curtice avertit que ce scrutin « pourrait bien placer la politique énergétique du gouvernement au cœur d’une tempête politique sérieuse ».

La journée de vendredi s’annonce décisive. Andy Burnham devrait s’exprimer à nouveau devant les caméras, tandis que Keir Starmer devra choisir comment répondre à ce coup de semonce. Dans les couloirs de Westminster, l’expectative est à son comble, et les prochains jours pourraient bien sceller l’avenir du gouvernement travailliste.