Andy Burnham, figure montante du Parti travailliste et maire du Grand Manchester, a remporté une victoire décisive lors de l'élection partielle de Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre. Les résultats, annoncés tôt vendredi 19 juin, lui confèrent un siège à la Chambre des communes, condition sine qua non pour contester la direction du parti et potentiellement devenir Premier ministre.

Avec 24 927 voix, soit environ 55 % des suffrages exprimés, M. Burnham distance de plus de 9 000 bulletins son principal adversaire, Robert Kenyon, candidat du parti populiste et anti-immigration Reform UK, qui recueille 15 696 votes (environ 34 %). Les autres candidats, dont ceux du Parti conservateur, des Libéraux-démocrates et des Verts, ferment la marche avec des scores inférieurs à 3 %. Un candidat de Restore Britain, formation d'extrême droite, obtient 3 111 voix (près de 7 %).

Dans son discours de victoire, M. Burnham a qualifié ce scrutin de « cri puissant pour le changement » émanant de la population britannique. Il a lancé un avertissement à son propre parti : « Je dis à mon parti que c'est une dernière chance de changer. Nous devons l'entendre, nous devons agir et nous devons réussir. Il n'y aura pas de seconde chance. » Il a également présenté ce résultat comme une opportunité de s'éloigner « de la voie qui mène à une politique divisée et sombre, comme celle que nous voyons aux États-Unis ».

Un tremplin vers une course au pouvoir

Cette élection partielle, organisée après la démission du député travailliste sortant Josh Simons, a été perçue comme un référendum sur la direction de Keir Starmer. Ce dernier, Premier ministre depuis juillet 2024, voit sa popularité s'effondrer face à une croissance économique atone, des services publics dégradés et une crise du coût de la vie. Les récentes élections locales de mai ont constitué un revers sévère pour le Labour, de nombreux députés exigeant alors la démission de leur chef.

La procédure de départ permet à un député de défier le leader du parti s'il obtient le soutien d'un cinquième des parlementaires travaillistes, soit 81 signatures. M. Burnham, qui avait déjà brigué sans succès la direction du Labour par le passé, se trouve désormais en mesure de franchir ce seuil. Wes Streeting, ancien secrétaire d'État à la Santé, a également démissionné en mai, dénonçant un « vide » là où il faudrait une « vision ». L'ambiance est à la contestation interne, et la victoire de M. Burnham pourrait précipiter soit la démission de M. Starmer, soit l'ouverture formelle d'une compétition pour sa succession.

Un « Roi du Nord » aux ambitions nationales

Andy Burnham, âgé de 55 ans, est une figure politique bien connue. Né à Liverpool en 1970 d'un père technicien téléphonique et d'une mère réceptionniste médicale, il a grandi à Culcheth, dans le Cheshire. Diplômé en anglais de l'Université de Cambridge, il a débuté comme assistant parlementaire avant d'accéder à des postes ministériels sous les gouvernements Blair et Brown. Surnommé le « Roi du Nord » pour sa défense de la région du Grand Manchester pendant la pandémie de Covid-19, il a été maire de cette métropole pendant neuf ans, s'y forgeant une image d'optimisme et de franc-parler.

Marié à Marie-France Van Heel, une Néerlandaise rencontrée à Cambridge, il est père de trois enfants. Un sondage Ipsos paru cette semaine le donnait favori auprès de 25 % des adultes britanniques comme Premier ministre préféré, contre seulement 12 % pour M. Starmer. Si M. Burnham parvenait à ses fins, il deviendrait le septième Premier ministre du Royaume-Uni depuis le référendum sur le Brexit de 2016.

Des défis immenses en perspective

Malgré cet élan, des observateurs soulignent que M. Burnham, s'il accédait au pouvoir, se heurterait aux mêmes contraintes économiques qui ont miné le gouvernement Starmer. D'autres le dépeignent comme un caméléon politique. Mais pour l'heure, sa victoire à Makerfield a changé la donne. Le calendrier exact d'une éventuelle contestation reste incertain, Keir Starmer ayant affirmé son intention de se battre pour conserver son poste. L'issue de ce bras de fer déterminera l'avenir immédiat du Parti travailliste et du Royaume-Uni.