Le débat sur la peine encourue par les auteurs de viols en série sur mineurs connaît un nouvel épisode à l'Assemblée nationale. Alors qu'un nouveau vote doit avoir lieu ce mardi, Aurore Bergé, ministre chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, a publié une tribune dans laquelle elle fustige l'opposition des élus de gauche à la mesure de réclusion criminelle à perpétuité pour ce type de crimes.
Dans ce texte, la ministre estime que « les enfants victimes sont condamnés à perpétuité » et que « demain, ce doit être les bourreaux ». Elle considère que les parlementaires qui ont rejeté l'amendement visant à instaurer cette peine maximale « ont choisi de ne pas protéger les enfants ». Aurore Bergé appelle à « une prise de conscience collective » et à ce que « la justice soit à la hauteur de l'horreur ».
Ce projet de loi relatif à la protection des enfants avait été examiné la semaine dernière dans l'hémicycle. Un premier vote avait donné lieu à un rejet de justesse de la disposition prévoyant la réclusion criminelle à perpétuité pour les viols commis en série sur des mineurs. Le gouvernement avait alors demandé une nouvelle délibération, ce qui permet à l'Assemblée de se prononcer à nouveau ce mardi.
La controverse porte sur la nature de la peine. Les partisans de la mesure, emmenés par la majorité présidentielle, jugent qu'elle est nécessaire pour dissuader et punir des actes particulièrement odieux. Ils s'appuient sur des affaires récentes ayant défrayé la chronique, où des prédateurs sexuels ont multiplié les passages à l'acte sur de très jeunes victimes.
À gauche, les opposants à la perpétuité invoquent des arguments juridiques et criminologiques. Ils estiment que cette peine est disproportionnée et qu'elle ne répond pas à une logique de prévention efficace. Certains élus plaident pour un renforcement des peines existantes et pour une meilleure prise en charge psychologique des victimes, plutôt que pour le recours à une peine maximale rarement appliquée.
La ministre, dans sa tribune, répond indirectement à ces critiques en affirmant que « la perpétuité n'est pas une peine politique, c'est une peine judiciaire » et qu'elle « doit exister dans l'arsenal répressif pour les pires crimes ». Elle dénonce ce qu'elle perçoit comme un « confort idéologique » de la part de ceux qui s'y opposent.
Le vote de ce mardi sera scruté de près, tant il cristallise les clivages politiques. La majorité espère obtenir une majorité en faveur de l'amendement, après avoir convaincu quelques élus centristes ou de droite de se rallier. L'issue du scrutin reste incertaine, les positions étant très tranchées.
Aurore Bergé conclut sa tribune en lançant un appel aux députés : « Quand une enfant est violée à huit ans, puis à neuf ans, puis à dix ans, la société doit répondre avec la force maximale. » Elle espère que la nouvelle délibération permettra de franchir un cap dans la protection des mineurs.