Alors que la France traverse une nouvelle vague de chaleur intense, l'ONG Care France appelle les pouvoirs publics à prendre en compte un phénomène encore peu documenté : la hausse des violences conjugales et sexistes lors des épisodes caniculaires. Selon plusieurs études scientifiques relayées par l'organisation, chaque degré Celsius supplémentaire entraînerait une augmentation de 4,7 % des violences au sein des couples.

Les fortes chaleurs auraient ainsi un impact direct sur les violences faites aux femmes, qu'il s'agisse d'agressions conjugales, de violences sexistes ou encore de féminicides. L'alerte intervient en plein cœur d'un été marqué par la troisième vague de chaleur en deux mois, avec 24 départements placés en vigilance rouge canicule.

Des mécanismes encore mal compris mais documentés

Plusieurs travaux scientifiques, dont ceux cités par Care France, établissent une corrélation entre l'élévation des températures et la recrudescence des violences interpersonnelles. Les mécanismes explicatifs incluent l'augmentation du stress thermique, les troubles du sommeil, l'irritabilité accrue et la promiscuité forcée dans des logements mal adaptés à la chaleur.

"Les autorités ne sont pas du tout sensibilisées aux violences conjugales dues au changement climatique", déplore Adéa Guillot, directrice de l'Engagement de Care France. Selon elle, cette absence de prise en compte institutionnelle aggrave la vulnérabilité des victimes, notamment lors des épisodes de canicule où les températures restent élevées de jour comme de nuit.

Un angle mort des politiques de prévention

Alors que les plans canicule nationaux prévoient des mesures pour protéger les personnes âgées, les nourrissons ou les travailleurs exposés, les violences de genre ne font l'objet d'aucune alerte spécifique. Pourtant, les données convergent : les admissions aux urgences, les appels aux numéros d'aide aux victimes et les signalements aux forces de l'ordre augmentent significativement lors des épisodes de chaleur extrême.

Care France recommande aux pouvoirs publics d'intégrer la dimension des violences conjugales dans leurs dispositifs de gestion des canicules. L'organisation préconise notamment le renforcement des capacités d'accueil d'urgence, la formation des professionnels de santé et des forces de l'ordre, ainsi que des campagnes de sensibilisation ciblant les périodes de fortes chaleurs.

Un enjeu de santé publique amplifié par le changement climatique

La multiplication des vagues de chaleur, liée au réchauffement climatique, rend cette problématique structurelle. Selon le rapport Lancet Countdown 2026, le nombre de journées de chaleur humide dangereuse a doublé en un demi-siècle. En France, plus de 5 000 décès annuels seraient imputables à la chaleur, selon un rapport d'Oxfam. Les inégalités face à ces risques sont également marquées : une étude de l'Inserm a récemment montré que les populations les plus précarisées sont les plus touchées par la mortalité liée aux fortes chaleurs.

Pour Adéa Guillot, il est urgent de "sortir de l'angle mort" des violences de genre dans les stratégies d'adaptation au changement climatique. L'ONG appelle à des mesures concrètes, tant en matière de prévention que de protection des victimes, lors des épisodes de canicule à venir.