Une opposition tranchée du patronat

Le Mouvement des entreprises de France (Medef) a exprimé un refus catégorique face au projet de « congé climatique » porté par le parti Les Écologistes. L’organisation, qui regroupe les principales entreprises du pays, estime que cette mesure, qui prévoit jusqu’à cinq jours de congé annuels rémunérés en cas d’événement climatique extrême, est « totalement inapplicable » et « contre-productive ». Selon le Medef, le dispositif imposerait une charge administrative et financière excessive aux employeurs, en particulier aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux très petites entreprises (TPE).

Une proposition de loi en préparation

Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a annoncé le 24 juin que le texte serait déposé « sous forme de proposition de loi » à l’Assemblée nationale. La démarche intervient alors que le pays traverse un épisode caniculaire intense, avec 58 départements placés en vigilance rouge et des températures attendues jusqu’à 44 °C. Le projet prévoit que tout salarié dont l’activité est interrompue ou rendue impossible par une catastrophe naturelle liée au climat – canicule, inondation, feu de forêt – puisse bénéficier de jours rémunérés, sans perte de salaire ni de droits.

Des divergences sur le financement

Le Medef conteste également le mode de financement envisagé. La proposition des Écologistes table sur une contribution des employeurs, via un système mutualisé abondé par l’État. L’organisation patronale rétorque que les entreprises ne peuvent supporter un nouveau prélèvement dans un contexte économique fragile. Elle appelle plutôt à une concertation avec les partenaires sociaux pour trouver des solutions alternatives, comme le recours aux jours de télétravail ou l’adaptation des horaires en période de pic de chaleur. Aucune négociation formelle n’a pour l’instant été engagée entre les parties.

Un contexte de forte canicule

La proposition émerge dans un climat politique et météorologique tendu. La canicule qui frappe une grande partie du territoire depuis le 23 juin a relancé le débat sur l’adaptation du droit du travail aux conséquences du réchauffement climatique. Plusieurs syndicats se sont également prononcés en faveur d’une réflexion sur la protection des travailleurs exposés aux fortes chaleurs. Le gouvernement, par la voix de son porte-parole, a indiqué suivre le dossier « avec attention » sans prendre position sur le fond.

Les critiques du Medef

Dans un communiqué transmis à la presse, le Medef détaille ses griefs. L’organisation estime que le dispositif « pénaliserait les secteurs saisonniers et exposés aux aléas climatiques », comme l’agriculture, le bâtiment ou le tourisme. Elle met en garde contre un « effet domino » sur l’emploi et la compétitivité. Le patronat suggère de privilégier des mesures de prévention, comme l’installation de systèmes de climatisation dans les lieux de travail ou l’aménagement des plannings. Il rappelle que d’autres pays européens, comme l’Espagne ou l’Italie, ont adopté des dispositifs de « congé climatique » mais avec des modalités et des financements différents.

Une proposition déjà portée par les Écologistes

Les Écologistes défendent ce concept depuis plusieurs mois. Une pétition avait été lancée en juin 2025 pour recueillir des signatures et sensibiliser l’opinion publique. Pour Marine Tondelier, le congé climatique est « une nécessité face à l’urgence écologique ». Elle accuse le Medef de « faire obstacle à toute avancée sociale » et de « mépriser la réalité des travailleurs ». La députée écologiste a promis de mener une campagne de terrain pour convaincre les parlementaires des autres groupes politiques.

Quelles suites possibles ?

Le dépôt de la proposition de loi est attendu dans les prochains jours. Il est toutefois peu probable qu’elle soit inscrite à l’ordre du jour avant la session parlementaire de l’automne. Les Écologistes pourraient tenter de la soumettre via une niche parlementaire, mais le calendrier est serré. Le Medef, de son côté, prévoit de rencontrer des députés de la majorité pour faire valoir ses arguments.

Un débat qui dépasse les frontières

La question du congé climatique n’est pas propre à la France. En Suisse, une initiative citoyenne a recueilli plus de 100 000 signatures pour un dispositif similaire. En Belgique, des discussions sont en cours au sein du gouvernement fédéral. L’Organisation internationale du travail (OIT) s’est également penchée sur le sujet, recommandant une adaptation des législations nationales face à la multiplication des événements climatiques extrêmes.

Conclusion

Le bras de fer entre le Medef et Les Écologistes s’annonce long. Alors que le texte n’a pas encore été examiné par le Parlement, les positions restent inconciliables. La mesure divise le monde économique et syndical. Reste à savoir si l’urgence climatique finira par imposer un compromis.