Alors que la France connaît depuis plusieurs semaines une succession d'épisodes caniculaires, le Haut Conseil pour le climat (HCC) a adressé une mise en garde solennelle au gouvernement. Dans une note publiée ce jeudi, l'organisme indépendant prévient que le pays n'est « pas préparé » à un réchauffement climatique de +4 °C d'ici 2100, scénario que les scientifiques jugent désormais plausible en l'absence de réductions drastiques des émissions de gaz à effet de serre.
Un constat d'inaction
Le HCC pointe un « décalage croissant » entre l'urgence de la situation et les mesures d'adaptation mises en œuvre. Selon ses membres, les politiques actuelles restent trop centrées sur la réduction des émissions, au détriment de l'anticipation des conséquences inéluctables du changement climatique. « Il ne suffit plus de vouloir limiter le réchauffement, il faut apprendre à vivre avec », résume le document, qui appelle à une « stratégie nationale d'adaptation radicalement repensée ».
L'instance relève que plusieurs secteurs sont particulièrement vulnérables : l'agriculture, la gestion de l'eau, la santé publique et le bâti. En matière de logement, le HCC regrette que le « plan endurance » présenté par l'exécutif en juin ne soit « qu'une première réponse partielle », et qu'il faille « généraliser la rénovation thermique des bâtiments pour résister à la chaleur comme au froid ».
Des recommandations concrètes
Pour faire face à cette perspective, le Haut Conseil formule plusieurs propositions. Il préconise notamment la création d'un « fonds d'adaptation territoriale », doté de plusieurs milliards d'euros, destiné à financer les travaux de mise aux normes des infrastructures publiques et privées. Il demande également un renforcement des obligations de végétalisation dans les zones urbaines, ainsi qu'une modification des règles d'urbanisme pour limiter l'artificialisation des sols, qui aggrave l'effet d'îlot de chaleur.
Sur le plan agricole, le HCC suggère de revoir les calendriers de culture et d'accélérer la recherche sur des variétés plus résistantes à la sécheresse. Dans le domaine sanitaire, il réclame un « plan canicule élargi » incluant un suivi renforcé des personnes âgées et isolées, ainsi que la généralisation de l'installation de climatisations réversibles dans les écoles, les EHPAD et les établissements recevant du public.
Une réaction politique attendue
Cette alerte intervient dans un contexte politique tendu, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Les différents candidats ont déjà pris position sur le sujet, certains plaidant pour un recours massif à la climatisation, d'autres pour des « congés climatiques » ou une réorganisation du temps de travail. Le Haut Conseil ne tranche pas ces débats, mais insiste sur le fait que « l'adaptation ne pourra pas reposer sur une solution unique ».
Interrogé sur cette note, le ministère de la Transition écologique a indiqué qu'il « prenait acte des recommandations » et qu'un « plan d'adaptation national » serait « présenté d'ici la fin de l'année ». Aucun calendrier précis n'a toutefois été communiqué.
Alors que Météo-France prévoit une nouvelle vague de chaleur pour la première quinzaine de juillet, le HCC rappelle que « chaque dixième de degré compte » et que « le temps de l'adaptation n'est plus celui de la réflexion, mais celui de l'action ».