Le 28 juin 1998, le stade Bollaert de Lens a été le théâtre de l’un des matchs les plus mémorables de l’épopée victorieuse de l’équipe de France en Coupe du monde. Opposés au Paraguay en huitièmes de finale, les hommes d’Aimé Jacquet ont longtemps buté sur une solide défense sud-américaine avant de s’imposer 1-0 grâce à un but de Laurent Blanc en prolongation, le premier de l’histoire du football français en phase à élimination directe d’un Mondial.
Un match fermé et une défense paraguayenne infranchissable
Le Paraguay, emmené par son gardien légendaire José Luis Chilavert, avait construit son jeu autour d’une défense de fer et de contres rapides. Pendant 90 minutes, les Bleus, pourtant poussés par un public acquis à leur cause, n’ont pas réussi à trouver la faille. Zinédine Zidane, alors en pleine ascension, et ses coéquipiers butaient sur un bloc paraguayen bien organisé. La première mi-temps fut particulièrement frustrante pour l’attaquant français Stéphane Guivarc’h, qui manqua plusieurs occasions nettes. Le match semblait devoir se diriger vers une séance de tirs au but, un scénario que redoutait le staff technique français.
La délivrance signée Laurent Blanc
À la 113e minute, alors que les prolongations touchaient à leur fin, Laurent Blanc, défenseur central du FC Barcelone, a surgi au second poteau pour reprendre de la tête un centre de son coéquipier Youri Djorkaeff. Le ballon a heurté le poteau avant de filer au fond des filets de Chilavert, déclenchant une explosion de joie dans tout le stade et sur les Champs-Élysées. Ce but, le premier de la carrière internationale de Blanc en 48 sélections, est resté gravé comme un tournant psychologique majeur : il a prouvé aux Français que la France pouvait gagner des matchs couperets sans passer par l’épreuve des tirs au but. Aimé Jacquet, alors sélectionneur, a déclaré après la rencontre que ce but avait « libéré le groupe » et donné « une confiance immense » pour la suite du tournoi.
Un contexte historique et un legs durable
Cette victoire a permis à la France de se hisser en quarts de finale, où elle a ensuite écarté l’Italie, puis la Croatie en demie, avant de battre le Brésil en finale (3-0) au Stade de France. Le match de Lens est souvent cité par les observateurs comme le premier véritable test mental de cette équipe, confrontée à une opposition rugueuse et à la pression du public. Pour le Paraguay, cette élimination cruelle reste un souvenir amer, mais elle a aussi marqué la première fois que le pays atteignait la phase à élimination directe d’une Coupe du monde, un exploit que les Guaranis ont réédité en 2002 et 2010.
Lens, ville hôte et ambiance unique
Le stade Bollaert, réputé pour son atmosphère survoltée, a joué un rôle non négligeable. Les supporters lensois, habitués à une ferveur populaire, ont transformé l’enceinte en un chaudron, poussant sans relâche les Bleus. Ce huitième de finale reste aujourd’hui un moment fondateur de l’histoire moderne du football français, souvent raconté lors des retrouvailles entre les deux nations. Vingt-huit ans plus tard, alors que la Coupe du monde 2026 bat son plein, ce face-à-face demeure un classique des archives du sport.