L'offensive des constructeurs chinois sur le marché européen de la voiture électrique prend une ampleur sans précédent. Alors que le sujet était dominé par les performances de BYD et de Tesla, une constellation de marques venues de Chine déploie désormais des stratégies distinctes pour conquérir les conducteurs européens. Entre promesses de recharge record, véhicules d'entrée de gamme bardés de technologie et systèmes de conduite autonome, la concurrence s'annonce féroce.
BYD mise sur la vitesse de recharge
Le géant BYD a dévoilé des ambitions spectaculaires dans le domaine de la recharge. Sa vice-présidente, Stella Li, a affirmé que le groupe serait « moins cher que tous nos concurrents » et a promis l'ouverture de 3 000 nouvelles stations de recharge en un an. Ces installations, d'une puissance de 1 000 kW, permettraient de charger une Denza Z9 GT à 80 % en cinq minutes seulement. Pour accélérer le déploiement, BYD compte sur des partenariats avec des opérateurs déjà implantés en Europe.
Ce projet suscite toutefois le scepticisme chez les acteurs établis. Aurélien de Meaux, directeur général d'Electra, a souligné que « Tesla a mis plus de dix ans pour implanter 1 200 stations ». Il estime que ceux qui croient BYD capable d'en ouvrir 3 000 en un an « vont au-devant des désillusions ». La question des emplacements et du raccordement au réseau électrique reste cruciale. Michiel Langezaal, cofondateur de Fastned, a rappelé qu'une station doit être « sur le passage des automobilistes, pas près d'une centrale ». Quentin Derumaux, analyste chez Julhiet Sterwen, a ajouté que la fiabilité et la qualité de service sont essentielles, tandis que l'installation d'une borne coûte près de 1 000 euros par kW.
Xpeng attaque sur deux fronts : recharge et conduite autonome
Xpeng ne se contente pas de ses véhicules. Le constructeur a annoncé le lancement en Europe de bornes de recharge de 1 000 kW, un record qui vise directement Tesla et Ionity. Par ailleurs, Xpeng prépare l'arrivée de son système de conduite autonome VLA 2.0 sur le marché européen à l'horizon 2027. Cette technologie, conçue pour rivaliser avec celle de Tesla, marque une étape importante dans la guerre des logiciels automobiles.
Leapmotor et Geely misent sur le rapport qualité-prix
Leapmotor, soutenu par Stellantis, a présenté des modèles électriques équipés d'une architecture 800 volts pour un prix d'environ 13 000 euros. Cette stratégie de véhicules abordables, associée à une recharge rapide, pourrait séduire une large clientèle en Europe. De son côté, Geely débarque avec la citadine E2, vendue à moins de 21 000 euros, venant défier la Renault R5. Le groupe Geely exploite aussi la marque MG, qui a récemment dévoilé la berline IM5, forte de 750 chevaux et d'une autonomie de 710 km.
Les européens tentent de riposter
Face à cette avalanche de nouveautés, les constructeurs historiques réagissent. Volkswagen, dont les ventes chutent en Chine – Mercedes y a même été dépassé par Xiaomi – envisage de fabriquer et de vendre en Europe des voitures électriques conçues en Chine. Le constructeur allemand a aussi riposté en présentant trois nouveaux modèles électriques, dont une berline de plus de 500 chevaux. Mais le temps presse : en Chine, l'âge moyen d'une voiture électrique n'est que de 1,8 an, contre 8,2 ans pour une thermique, selon le cabinet Hejun Consulting, signe d'un renouvellement permanent de l'offre.
Une guerre qui ne fait que commencer
L'arrivée coordonnée de ces marques chinoises – BYD, Xpeng, Leapmotor, Geely, MG, et leurs filiales – transforme le paysage automobile européen. Si certains doutent de la capacité des nouveaux entrants à tenir leurs promesses d'infrastructures, la pression sur les prix et l'innovation technologique est déjà bien réelle. Les prochains mois diront si les géants européens parviendront à préserver leurs parts de marché ou s'ils devront, comme Volkswagen, s'adapter en important les technologies de leurs concurrents chinois.