Les autorités pétrolières irakiennes se montrent confiantes quant à une reprise imminente de leur production de brut, évaluant à un ou deux mois le temps nécessaire pour renouer avec les niveaux d'avant-guerre. Cette projection intervient alors que le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz connaît un frémissement, même si de nombreuses incertitudes juridiques et sécuritaires pèsent encore sur la libre circulation des navires.

Des signes de reprise contrastés à Ormuz

Le détroit d'Ormuz, passage obligé pour une part significative du pétrole irakien, a vu le transit reprendre progressivement ces derniers jours. Lundi, une cinquantaine de navires ont franchi cette voie d'eau, selon des données de cabinets de surveillance maritime. Ce chiffre représente environ 40 % du flux quotidien observé avant le début des hostilités, qui atteignait près de 120 bâtiments par jour. Les observateurs s'étonnent de la rapidité de cette réactivation, alors que des questions demeurent sur la sécurité juridique des opérations et les garanties offertes aux assureurs.

Des tankers chargés de pétrole iranien naviguent déjà en mer d'Oman en direction des marchés asiatiques, tandis que la compagnie nationale iranienne multiplie les offres de vente auprès de l'Inde, du Japon et de la Corée du Sud. Ces initiatives s'appuient sur la suspension provisoire des sanctions américaines concernant les hydrocarbures iraniens, valable jusqu'au 21 août. Toutefois, une part importante du brut en transit — environ 80 % des 68 millions de barils actuellement en mer — n'a pas encore trouvé preneur, ce qui témoigne de la prudence des acheteurs.

L'Irak mise sur une normalisation rapide

Face à cette situation, l'Irak affiche un optimisme mesuré. Les responsables du secteur pétrolier estiment que les infrastructures de production, largement préservées, pourraient être remises en service dans un horizon de un à deux mois. Ce rétablissement suppose toutefois que les voies d'exportation restent ouvertes et que les acheteurs retrouvent une confiance suffisante pour s'engager sur des cargaisons. Bagdad, qui est le deuxième producteur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), voit dans cette perspective une opportunité de stabiliser ses recettes budgétaires, fortement dépendantes de l'or noir.

Des incertitudes juridiques et sécuritaires persistent

Malgré ces avancées, le climat reste marqué par des divergences entre Téhéran et Washington sur les modalités futures de contrôle du détroit. Les États-Unis répètent qu'aucun péage ne sera instauré, tandis que l'Iran affirme son intention d'administrer le passage et prévient que la situation ne redeviendra jamais exactement celle d'avant la guerre. Le chef du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, s'est rendu à Oman pour discuter des coûts associés à cette administration. Les deux pays ont publié un communiqué commun réaffirmant leur attachement à la liberté de navigation, tout en soulignant leur souveraineté respective sur leurs eaux territoriales.

Ces déclarations n'ont pas encore suffi à lever toutes les réticences des armateurs et des assureurs, qui réclament des garanties claires avant de s'engager massivement. La question de la levée définitive des sanctions américaines reste également en suspens, ce qui pourrait freiner la demande tant que la visibilité juridique n'est pas totale.

Implications pour les marchés pétroliers

Si l'Irak parvenait à tenir ses objectifs de production, cela pourrait contribuer à apaiser les tensions sur les marchés mondiaux du brut, où les cours sont restés volatils depuis le début du conflit. Un retour à des niveaux d'extraction normaux permettrait notamment de compenser partiellement la baisse des exportations iraniennes et de répondre à la demande asiatique, toujours vigoureuse. Cependant, la concrétisation de ce scénario dépend étroitement de l'évolution des discussions entre les grandes puissances et de la stabilisation sécuritaire dans la région du Golfe.