Les autorités iraniennes ont fait savoir, ce jeudi, que leurs forces navales avaient procédé à des tirs de sommation à l'encontre de quatre bâtiments qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz. Selon un communiqué officiel diffusé par l'agence de presse nationale iranienne, ces navires auraient ignoré les sommations répétées des gardes-côtes de la République islamique et naviguaient sans autorisation dans les eaux territoriales iraniennes.
Les faits rapportés par Téhéran
D'après le récit fourni par le porte-parole de la marine iranienne, les équipages des quatre navires auraient été avertis à plusieurs reprises avant que les tirs ne soient déclenchés. Aucun blessé ni dégât matériel n'a été signalé du côté iranien. Les bâtiments, dont la nationalité n'a pas été précisée dans l'immédiat, auraient ensuite fait demi-tour ou modifié leur route pour quitter la zone.
Cette annonce survient dans un contexte de fortes tensions autour du détroit d'Ormuz, passage obligé pour près d'un tiers du pétrole brut transporté par voie maritime dans le monde. La région est sous haute surveillance depuis le durcissement des sanctions américaines contre l'industrie pétrolière iranienne, Washington cherchant à réduire à zéro les exportations de Téhéran.
Washington condamne fermement
La Maison-Blanche a réagi dans la foulée par un communiqué qualifiant ces tirs d'« acte provocateur et dangereux ». Un porte-parole du département d'État américain a déclaré que « ces actions irresponsables menacent la liberté de navigation et la sécurité de tous les navires commerciaux qui transitent par cette voie d'eau essentielle ». Les États-Unis ont appelé Téhéran à « cesser immédiatement toute agression maritime » et ont prévenu qu'ils « prendraient toutes les mesures nécessaires pour protéger leurs intérêts et ceux de leurs alliés ».
Le Pentagone a indiqué surveiller de près la situation sans pour l'instant modifier le dispositif naval américain déployé dans le Golfe. Plusieurs bâtiments de guerre américains patrouillent régulièrement dans la zone, dans le cadre de la 5e flotte.
Un précédent récent
Cette revendication de tirs intervient moins d'un mois après l'annonce par l'Iran du passage de quatre pétroliers transportant environ 7 millions de barils de pétrole à travers le détroit d'Ormuz, en dépit des mesures de blocus américaines. Cet épisode avait été présenté par Téhéran comme une démonstration de sa capacité à contourner les sanctions.
Les experts estiment que la multiplication de ces incidents accroît les risques d'une confrontation directe en mer. Le détroit d'Ormuz, large d'une trentaine de kilomètres à son point le plus étroit, est régulièrement le théâtre d'accrochages entre les forces iraniennes et les marines étrangères, mais aussi de saisies de navires par les Gardiens de la révolution.
Implications régionales
L'Arabie saoudite, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a exprimé sa « vive préoccupation face à ces actes de piraterie qui violent le droit international ». Riyad a appelé la communauté internationale à « agir pour garantir la sécurité de cette route stratégique ». De son côté, le Royaume-Uni, dont des navires de guerre escortent régulièrement les pétroliers battant pavillon britannique, a convoqué l'ambassadeur iranien à Londres pour lui transmettre une protestation formelle.
Les Émirats arabes unis et Oman, voisins immédiats du détroit, ont également fait part de leur inquiétude et exhorté à la retenue.
Le pétrole sous tension
Les marchés pétroliers, déjà volatils ces dernières semaines, ont réagi à cette nouvelle. Le baril de Brent a brièvement dépassé les 90 dollars en séance avant de se stabiliser, les traders intégrant une prime de risque géopolitique. Les analystes estiment qu'une perturbation durable du trafic dans le détroit d'Ormuz pourrait faire flamber les cours, aucune route alternative n'offrant une capacité de transit équivalente.
La Chine et l'Inde, principaux importateurs de pétrole brut du Golfe, suivent la situation avec attention. Pékin a appelé « au dialogue et à l'apaisement pour éviter toute escalade qui nuirait à l'économie mondiale ».