Le gouvernement britannique a confirmé être en discussion avec les autorités pakistanaises pour tenter d'expulser Shabir Ahmed, le chef du réseau de grooming de Rochdale, récemment libéré de prison. Un porte-parole du 10 Downing Street a déclaré que l'exécutif « a soulevé cette question auprès de nos homologues à Islamabad » et qu'il est « déterminé à faire tout ce qui est possible pour expulser les délinquants étrangers ». Selon des sources officielles, Ahmed, âgé d'une soixantaine d'années, a quitté l'établissement pénitentiaire jeudi et se trouve désormais dans un logement surveillé 24 heures sur 24, portant un bracelet électronique GPS.

Un cadre légal complexe

Shabir Ahmed possédait la double nationalité britannique et pakistanaise au moment de sa condamnation en 2012 pour de multiples viols et agressions sexuelles sur des jeunes filles, certaines âgées de 12 ans. Après son incarcération, les tribunaux lui ont retiré sa citoyenneté britannique, ce qui laissait présager une expulsion à l'issue de sa peine. Pourtant, les victimes ont appris cette semaine que cette mesure s'avère impossible en raison d'une disposition de la loi sur l'immigration de 1971. Celle-ci interdit l'éloignement de tout citoyen du Commonwealth arrivé au Royaume-Uni avant 1973 et y résidant depuis au moins cinq ans. Le gouvernement examine la possibilité de modifier cette loi par le biais d'un amendement au projet de loi sur l'immigration et l'asile actuellement examiné par le Parlement.

Un défi diplomatique

Au-delà des obstacles juridiques internes, Londres se heurte à une difficulté diplomatique : obtenir l'accord d'Islamabad pour accueillir Ahmed. Cette coopération s'est avérée difficile par le passé. Le Pakistan a déjà refusé de reprendre deux des co-chefs du réseau de grooming de Rochdale, Qari Abdul Rauf et Adil Khan, dont la citoyenneté britannique avait pourtant été révoquée en 2018. Le Premier ministre Keir Starmer a demandé au ministre de l'Intérieur de réexaminer le dossier, tandis que des voix s'élèvent pour réclamer un changement législatif.

Réactions politiques et craintes des victimes

Andy Burnham, présenté comme le successeur probable de Keir Starmer à la tête du parti majoritaire, fait partie de ceux qui exigent l'expulsion d'Ahmed. Le secrétaire d'État à l'Intérieur du cabinet fantôme, Chris Philp, a quant à lui suggéré d'envisager une réduction de l'aide étrangère au Pakistan en cas de refus persistant. Il a déclaré sur une chaîne d'information : « Si un citoyen britannique commet une infraction pénale ailleurs ou se trouve dans une situation similaire… » — ses propos complets n'ont pas été rapportés. De leur côté, plusieurs victimes ont exprimé leur inquiétude face à cette libération, se disant « effrayées » et en insécurité. Le Home Office a prévenu que toute violation des conditions de libération strictes imposées à Ahmed entraînerait un retour immédiat en prison.