Le camp progressiste colombien durcit le ton face à la victoire d'Abelardo De la Espriella, candidat d'ultra-droite élu à la présidence. Iván Cepeda, son principal adversaire lors du scrutin, a formulé une condition claire avant d'accorder sa légitimité au nouveau pouvoir : le président doit se démarquer nettement des États-Unis et de l'administration Trump.

Dans une déclaration rendue publique ce 3 juillet, le sénateur a estimé que le résultat électoral était entaché par une ingérence étrangère, principalement américaine. Il a averti que, tant que De la Espriella ne rompra pas ouvertement avec Washington, il refusera de le reconnaître comme chef de l'État légitime. Pour faire pression, Iván Cepeda a appelé ses partisans et l'ensemble des citoyens à une désobéissance civile pacifique.

Un adversaire progressiste déterminé

Iván Cepeda s'était présenté comme le candidat des forces progressistes et de gauche lors de l'élection présidentielle, face à un Abelardo De la Espriella décrit comme un avocat d'affaires proche de Donald Trump. Cette proximité supposée avec l'ancien président américain a été un thème central de la campagne, plusieurs figures de l'opposition dénonçant une ingérence directe. Le sénateur Cepeda, connu pour son engagement en faveur des droits humains et de la paix, a fait de la souveraineté nationale l'un de ses chevaux de bataille.

Un ultimatum aux implications multiples

La condition posée par Iván Cepeda intervient dans un climat de tension croissante entre Bogota et Washington. Depuis la fin du second tour, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer le rôle joué par Donald Trump dans la campagne colombienne. Bien que Gustavo Petro, président sortant, ait déjà publiquement accusé le locataire de la Maison-Blanche de soutenir des éléments paramilitaires liés au narcotrafic, Iván Cepeda va plus loin en exigeant une prise de position publique de la part du nouveau président.

Cette exigence pourrait isoler davantage Abelardo De la Espriella sur la scène internationale. Le président élu n'a pas encore répondu officiellement à cet appel. Ses proches affirment vouloir se concentrer sur la transition et les dossiers économiques, alors que le pays fait face à une inflation persistante et à une insécurité galopante.

Un appel à la mobilisation citoyenne

En lançant un mot d'ordre de désobéissance civile pacifique, Iván Cepeda cherche à maintenir une pression populaire sur le nouveau pouvoir. Il invite ses soutiens à organiser des manifestations, des grèves et des actions de résistance non violente jusqu'à ce que De la Espriella se désolidarise clairement de Donald Trump. Ce type d'action rappelle les mouvements sociaux qui avaient secoué la Colombie ces dernières années, souvent réprimés avec fermeté par les autorités.

La portée réelle de cet appel reste à mesurer, mais il traduit une fracture politique profonde dans le pays. L'opposition, bien que vaincue aux urnes, entend ne pas laisser le champ libre à un président qu'elle juge inféodé aux intérêts étrangers. Les prochains jours diront si Abelardo De la Espriella choisit de tendre la main ou de braver ses détracteurs.

Une opposition qui se structure

Au-delà de la figure d'Iván Cepeda, plusieurs organisations de la société civile et des syndicats ont déjà exprimé leur solidarité avec cette démarche. Des rassemblements sont annoncés dans les principales villes du pays. Cependant, le président élu dispose d'une majorité au Congrès et d'un soutien affiché de certains secteurs économiques. La bataille politique promet d'être rude.

L'ultimatum d'un mois évoqué par certains observateurs – bien que non explicitement mentionné par Cepeda – pourrait voir le sénateur progressiste franchir un nouveau palier dans l'opposition si sa condition n'est pas satisfaite. La Colombie s'enfonce dans une phase d'incertitude politique, alors que la transition officielle n'a pas encore eu lieu.