Les marchés de la mémoire vive (DRAM) et de la mémoire flash (NAND) traversent une période d'inflation inédite, et rien n'indique un apaisement prochain. Les déclarations du directeur général de SK Hynix, Kwak Noh-Jung, ainsi qu'un rapport de Bank of America, viennent contredire le discours rassurant tenu par certains industriels, qui promettaient une normalisation de l'offre grâce à la construction de nouvelles usines.
Un déséquilibre jusqu'en 2030
Le patron de SK Hynix a estimé que la demande de DRAM resterait supérieure à l'offre jusqu'en 2030 au moins. Selon lui, l'année 2027 s'annonce comme la plus difficile jamais enregistrée dans ce secteur, les investissements déjà annoncés ne permettant pas de répondre à la demande, en particulier celle générée par les infrastructures d'intelligence artificielle. Cette position a été confortée par une note de Bank of America, reprise par un quotidien économique taïwanais, qui suggère que les capacités de production supplémentaires promises par les trois géants du secteur — Samsung, SK Hynix et Micron — sont largement surévaluées. L'analyste estime que SK Hynix, par exemple, ne mettrait en service qu'un sixième de ses nouvelles capacités prévues d'ici 2028.
Des promesses de normalisation remises en cause
Depuis l'automne, les prix de la DRAM ont connu une envolée que les fabricants justifient par le virage vers les puces dédiées à l'IA. Ils assurent que ce déséquilibre est temporaire et que les nouvelles usines, dont la construction a été annoncée, finiront par inverser la tendance. L'analyse de Bank of America jette un doute sérieux sur cette perspective. Elle suggère que l'augmentation réelle de l'offre sera bien inférieure aux volumes annoncés, ce qui maintiendrait la pression sur les prix et les volumes disponibles.
Un contexte judiciaire tendu
Cette analyse intervient dans un climat particulièrement tendu pour les trois principaux fabricants de mémoire. Depuis plusieurs semaines, ils sont visés par une plainte collective déposée dans l'État de Californie. Dix-sept plaignants les accusent d'avoir orchestré une pénurie artificielle de DRAM pour maintenir des prix élevés. Le rapport de Bank of America, qui suggère que les industriels ne sont pas en mesure d'augmenter leur production rapidement, pourrait être utilisé par les plaignants pour étayer leur thèse d'une entente sur les prix, en démontrant que la rareté est délibérément entretenue plutôt que subie.
Conséquences pour l'industrie électronique
La persistance de cette crise de l'offre a des répercussions en cascade sur l'ensemble du secteur technologique. Les fabricants de smartphones, de PC et de serveurs voient leurs coûts de production augmenter. Certains, comme Samsung ou Apple, utiliseraient leur puissance d'achat pour sécuriser des volumes, creusant l'écart avec des concurrents plus modestes qui peinent à s'approvisionner. Apple étudierait par ailleurs le lancement d'un Mac professionnel doté de 1,5 téraoctet de RAM, un produit qui illustre l'explosion des besoins en mémoire pour les applications professionnelles et d'IA. Dans le même temps, le fabricant chinois CXMT progresse rapidement et devrait rattraper le niveau de production du groupe américain Micron d'ici 2026, ce qui pourrait, à terme, remodeler l'équilibre concurrentiel du marché.