La canicule persistante qui traverse l'Hexagone pousse le gouvernement à explorer des pistes concrètes pour adapter le monde professionnel aux fortes températures. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a annoncé un déplacement en Espagne afin d'étudier les dispositifs mis en œuvre dans ce pays, où la sieste et les horaires décalés sont déjà une réalité culturelle et réglementaire.

Une inspiration espagnole

Lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le ministre a fait part de son intention de se rendre en Espagne pour observer les pratiques locales. Il souhaite notamment examiner comment les entreprises espagnoles ont intégré des plages horaires modulables et des pauses durant les heures les plus chaudes de la journée. Ce voyage s'inscrit dans le cadre d'un « grand travail de réflexion » qu'il entend mener sur les horaires de travail en période caniculaire.

« Nous devons nous inspirer des bonnes pratiques de nos voisins pour protéger les salariés tout en maintenant l'activité économique », a-t-il déclaré. Cette démarche intervient après que le ministre de l'Économie avait lui-même évoqué, quelques jours plus tôt, la possibilité d'introduire une forme de sieste dans le code du travail, à l'instar du modèle espagnol.

Pas de seuil automatique de température

Interrogé sur l'instauration d'un seuil de température automatique qui entraînerait la suspension de l'activité, par exemple à 30 °C à l'ombre, le ministre du Travail s'est montré réservé. Il a jugé cette approche trop rigide et inadaptée à la diversité des secteurs et des situations de travail. « Un seuil unique ne tient pas compte des différences entre un bureau climatisé et un chantier en plein soleil », a-t-il expliqué, préférant miser sur des aménagements négociés par branche ou par entreprise.

Cette position tranche avec les revendications de plusieurs syndicats, notamment la CGT. Sa secrétaire générale, Sophie Binet, réclame depuis plusieurs jours l'inscription de seuils de température maximaux dans le code du travail, assortis de l'arrêt des travaux en extérieur lors des épisodes caniculaires. Elle appelle également à étendre le mécanisme du chômage partiel intempéries aux fortes chaleurs, afin de garantir une compensation financière aux salariés contraints de cesser leur activité.

Des pistes multiples sur la table

Au-delà de la piste espagnole, le gouvernement examine plusieurs options pour adapter le travail aux canicules à répétition. Parmi elles figurent l'aménagement des horaires – début de matinée plus précoce et fin d'après-midi tardive –, la possibilité de télétravailler lors des pics de chaleur, ou encore l'instauration de pauses obligatoires dans des locaux frais.

Le ministre du Travail a insisté sur la nécessité d'une concertation avec les partenaires sociaux avant toute décision. « C'est un sujet complexe qui touche à l'organisation même du travail. Nous devons avancer avec les syndicats et le patronat pour trouver des solutions pragmatiques et efficaces », a-t-il ajouté.

Un contexte d'urgence climatique

Cette réflexion intervient alors que la France connaît une nouvelle vague de chaleur précoce, avec des températures dépassant les 35 °C dans plusieurs régions. Les services de santé publique alertent régulièrement sur les risques pour les travailleurs exposés, notamment dans les secteurs du bâtiment, de l'agriculture ou de la logistique.

Les organisations patronales, de leur côté, se montrent prudentes sur toute mesure qui alourdirait les contraintes pour les entreprises. Elles plaident pour davantage de flexibilité et dénoncent un risque de perte de compétitivité si les règles françaises devenaient trop strictes par rapport aux voisins européens.

Une réunion avec les partenaires sociaux attendue

Une réunion de travail entre le ministère et les représentants syndicaux et patronaux devrait être programmée dans les prochaines semaines. L'objectif est d'aboutir à des propositions concrètes d'ici la fin de l'été, afin de pouvoir les mettre en œuvre dès l'année suivante. Le ministre a également indiqué que son voyage en Espagne lui permettra de recueillir des retours d'expérience utiles pour éclairer ces discussions.