Le parquet de Paris a décidé de classer sans suite les procédures engagées contre six militants de l'ex-groupuscule intégriste catholique Civitas, interpellés samedi soir après avoir perturbé une installation artistique dans le cadre de la Nuit Blanche. Selon le parquet, « aucune infraction n'était suffisamment caractérisée » pour justifier des poursuites pénales. Les six individus, placés en garde à vue dans la nuit de samedi à dimanche, ont été remis en liberté sans être présentés à un juge. Cette décision met un terme aux investigations entamées après les incidents survenus à l'église Saint-Laurent, dans le Xe arrondissement de la capitale. Lors de cette soirée culturelle, des heurts avaient éclaté entre les militants et des agents de sécurité, tandis que plusieurs élus présents sur place avaient été bousculés. Les autorités judiciaires ont cependant estimé que les faits reprochés ne constituaient pas des infractions pénales clairement établies, entraînant l'abandon des poursuites.
Des tensions en marge de l'événement culturel L'incident s'est produit en fin de soirée, alors que des centaines de personnes participaient à la Nuit Blanche, manifestation culturelle annuelle qui investit divers lieux de la capitale. Dans l'église Saint-Laurent, une œuvre contemporaine avait été installée, suscitant la colère de membres de Civitas, association dissoute par décret en mars 2025 pour incitation à la haine. Les six militants étaient parvenus à pénétrer dans l'édifice religieux et à interrompre temporairement l'installation, avant d'être maîtrisés par des agents de sécurité et interpellés par les forces de l'ordre. Selon des témoins, des élus locaux qui assistaient à l'événement ont été bousculés dans la cohue, mais aucun blessé grave n'a été signalé. La préfecture de police avait alors évoqué des « altercations » sans fournir de précisions sur les identités des personnes impliquées.
Un groupuscule dissous mais actif Civitas, fondé dans les années 1990, se revendique comme un mouvement catholique traditionaliste mais a été régulièrement accusé de diffuser des discours antisémites, homophobes et complotistes. Le gouvernement avait prononcé sa dissolution en mars 2025, invoquant des « provocations à la discrimination et à la haine ». Malgré cette interdiction, des militants continuent à organiser des actions spontanées, comme en témoigne l'incident de samedi. Dans les jours précédant la Nuit Blanche, l'ancien mouvement avait appelé à des « rassemblements de prière » contre l'événement, qu'il qualifiait de « blasphématoire ». Le classement sans suite des procédures pourrait relancer le débat sur l'efficacité des mesures répressives à l'encontre de ce type de groupuscule.
Une décision judiciaire qui pourrait faire débat La décision du parquet de classer l'affaire sans suite intervient alors que les faits avaient suscité une vive émotion parmi les élus et les organisateurs culturels. Plusieurs voix s'étaient élevées pour dénoncer une « atteinte à la liberté d'expression artistique » et un « acte d'intimidation ». Le parquet a toutefois considéré que les éléments recueillis lors de l'enquête préliminaire ne permettaient pas de caractériser des infractions pénales telles que des violences, des dégradations ou une entrave à la liberté d'expression. Les six militants ont été déférés devant la justice, puis relâchés. Cette issue pourrait être perçue comme un camouflet pour les autorités, qui avaient mobilisé d'importants effectifs policiers pour encadrer l'événement.
Les suites de l'affaire Aucun recours n'a été annoncé par les parties civiles potentielles, ni par le parquet. La question de la responsabilité des organisateurs de la Nuit Blanche quant à la sécurisation des lieux reste en suspens. L'église Saint-Laurent, lieu de culte désaffecté mais propriété de la Ville de Paris, avait été prêtée pour l'installation artistique dans le cadre de l'événement. Des élus d'opposition pourraient demander des comptes à la municipalité sur les conditions de prêt du bâtiment. Pour l'instant, l'affaire est close sur le plan judiciaire, mais le climat de tension autour de la Nuit Blanche et de ses manifestations artistiques pourrait perdurer.