L’enquête ouverte après les rassemblements de prière appelés par le mouvement Civitas contre la Nuit Blanche à Paris a connu un rebondissement ce week-end. Six membres de ce groupuscule traditionaliste ont été placés en garde à vue, a-t-on appris lundi 7 juin de source policière. Parmi eux, deux sont spécifiquement soupçonnés d’avoir bousculé des élus lors des tensions survenues samedi soir.
Les faits se sont produits dans le cadre des manifestations organisées par Civitas pour dénoncer la tenue de la Nuit Blanche, événement culturel annuel que le mouvement juge contraire à la morale catholique. Des groupes de fidèles s’étaient rassemblés pour prier à proximité de plusieurs lieux de l’événement, notamment dans le quartier de l’Hôtel de Ville et autour du Centre Pompidou. Les heurts ont éclaté lorsque des élus présents sur place ont tenté de dialoguer avec les manifestants ou de faciliter le passage du public.
Les deux suspects visés par les accusations de violences auraient, selon les premières constatations, volontairement heurté des représentants élus, dont une adjointe au maire de Paris. L’un des élus aurait été légèrement blessé dans cette bousculade. Les quatre autres personnes placées en garde à vue sont entendues pour participation à un attroupement non déclaré et entrave à la circulation.
Les auditions se poursuivaient ce lundi au commissariat du 4e arrondissement, où les enquêteurs tentent de déterminer l’organisation précise des rassemblements et le rôle de chacun. Le parquet de Paris a confirmé l’ouverture d’une information judiciaire pour « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique ».
Un appel à la prière qui a dégénéré
Depuis plusieurs jours, Civitas avait diffusé sur ses réseaux sociaux un appel à « prier publiquement » pour empêcher la Nuit Blanche, qu’il qualifiait de « manifestation satanique » et de « profanation ». L’événement, qui mêle installations artistiques et performances dans toute la capitale, s’est déroulé dans une trentaine de sites. La présence de militants traditionalistes avait été anticipée par la préfecture de police, qui avait déployé un dispositif de sécurité renforcé.
Malgré ces précautions, des incidents ont émaillé la soirée. Outre les bousculades signalées, des riverains ont fait état de blocages de rues et de prières sonores perturbant le déroulement normal de l’événement. Plusieurs artistes participants ont exprimé leur indignation, dénonçant une tentative d’intimidation.
Civitas, un groupe sous surveillance
Fondé dans les années 2000, Civitas se définit comme un mouvement de laïcs catholiques traditionalistes. Il est régulièrement pointé du doigt pour ses positions radicales et ses appels à des actions de rue contre des événements culturels ou politiques qu’il estime blasphématoires. Le groupuscule avait déjà tenté de faire interdire des spectacles et des expositions, sans succès. Sa rhétorique, jugée par certains observateurs comme proche de l’intégrisme, lui a valu d’être placé sous surveillance par les services de renseignement.
Les gardes à vue en cours pourraient déboucher sur des poursuites pénales, tandis que la mairie de Paris a annoncé son intention de se porter partie civile. Le préfet de police a indiqué que tout rassemblement non déclaré ferait l’objet de mesures fermes à l’avenir.