La compétition entre les deux leaders de l’intelligence artificielle générative franchit une nouvelle étape. OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT, a annoncé avoir soumis lundi une version préliminaire et confidentielle de son dossier d’introduction en Bourse auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine. Cette initiative intervient un peu plus d’une semaine après que son principal concurrent, Anthropic, a lui aussi entamé des démarches similaires.

Dans un bref message publié sur son site, OpenAI précise n’avoir arrêté ni le calendrier précis de l’opération, ni le montant qu’elle entend lever. « Nous nous attendons à ce que cela fuite, donc nous l’annonçons simplement. Nous n’avons pas encore décidé du moment ; il se peut que cela prenne du temps parce qu’il y a des choses que nous voulons faire qui sont probablement plus faciles en tant qu’entreprise privée », explique l’entreprise. Elle évoque un « ensemble complexe de compromis » liés à une cotation en Bourse, mais souligne que cette démarche lui offre la possibilité d’accélérer le processus si cela s’avère finalement la meilleure option.

Une valorisation privée colossale

OpenAI était valorisée 852 milliards de dollars lors de son dernier tour de table, une levée de fonds record de 122 milliards de dollars réalisée en mars. Ce montant inclut 3 milliards de dollars provenant directement d’investisseurs particuliers via des canaux bancaires. La société précise toutefois qu’elle n’a pas encore fixé le nombre de titres ni le prix de son introduction en Bourse.

Les documents déposés ne détaillent pas la santé financière de l’entreprise, mais des informations rapportées par la presse économique indiquent qu’OpenAI a récemment manqué ses propres objectifs de croissance du nombre d’utilisateurs et de revenus. La directrice financière, Sarah Friar, aurait exprimé des inquiétudes quant à la capacité de l’entreprise à soutenir ses dépenses massives dans les centres de données. Selon des estimations citées dans plusieurs médias, OpenAI prévoirait de consacrer l’équivalent de l’intégralité de sa dernière levée de fonds à la puissance de calcul nécessaire à ses recherches en 2028, et anticiperait une perte nette de 85 milliards de dollars la même année, même après avoir doublé ses ventes par rapport à l’année précédente. L’entreprise ne s’attend pas à dégager un flux de trésorerie positif avant 2030.

La pression monte face à Anthropic

Cette annonce place OpenAI dans le sillage direct d’Anthropic, qui a déposé un dossier similaire la semaine précédente. Les deux sociétés sont en concurrence non seulement sur le plan technologique — Anthropic a récemment surpassé la valorisation d’OpenAI sur le marché privé et gagné du terrain auprès des clients professionnels — mais aussi financier. Les banquiers auraient indiqué aux deux entreprises que celle qui parviendra à entrer la première en Bourse pourra définir les termes de référence du nouveau secteur et bénéficier d’un accès privilégié aux capitaux.

OpenAI reste le leader du marché des chatbots grand public, mais la pression s’accroît. Des responsables de l’entreprise auraient exprimé en privé leurs craintes de voir Anthropic devancer OpenAI dans la course à l’IPO, selon des informations de presse. L’introduction en Bourse permettrait également de concrétiser les gains des employés et d’accroître la transparence sur la situation financière réelle de l’entreprise, un atout pour la confiance des clients et du personnel.

Un paysage boursier bouleversé par l’IA

L’année 2026 s’annonce comme une année record pour les marchés financiers, avec plusieurs introductions très attendues dans le secteur technologique. SpaceX, l’entreprise spatiale d’Elon Musk, est également en passe de faire ses débuts en Bourse à une valorisation de 1 750 milliards de dollars. Les documents déposés par SpaceX ont d’ailleurs révélé qu’Anthropic paie 15 milliards de dollars par an pour accéder à ses centres de données.

Les grandes entreprises technologiques déjà cotées, comme Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft, consacrent des dizaines de milliards de dollars à l’extension de leurs infrastructures et au recrutement de chercheurs pour développer les modèles d’IA les plus avancés. L’entrée en Bourse d’OpenAI et d’Anthropic offrirait à ces deux sociétés un nouveau canal de financement pour soutenir leur croissance effrénée.

En attendant, OpenAI reconnaît que le chemin vers la cotation pourrait être long. « Il se peut que cela prenne du temps », répète l’entreprise, qui entend conserver la flexibilité nécessaire pour agir au moment qu’elle jugera le plus opportun.