Une décision contestée
Depuis l'annonce, mardi 16 juin, du remplacement de l'américain Palantir par le français ChapsVision à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), la controverse ne faiblit pas. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a officiellement déclaré que le logiciel ArgonOS, développé par ChapsVision, est destiné à prendre le relais des outils du géant américain pour l'analyse de données du renseignement intérieur. Cette rupture est motivée, selon le chef du gouvernement, par la nécessité de bâtir un « écosystème national capable de répondre à des besoins technologiques régaliens ».
Palantir, cependant, ne se résigne pas. La firme américaine estime que le processus de sélection a été entaché d'irrégularités et conteste fermement la manière dont l'éviction a été conduite. Des sources proches du dossier rapportent que l'entreprise aurait exprimé des « divergences » sur la procédure, sans apporter pour l'heure de précisions sur les éventuels recours juridiques engagés.
Un nouveau venu dans le renseignement
ChapsVision, créée en 2019 par Olivier Dellenbach, se présente comme une pépite française spécialisée dans l'analyse de données. En sept ans, elle a réalisé près d'une trentaine d'acquisitions, agrégeant des « briques logicielles complémentaires dans les domaines de la donnée, de la recherche d'information, de la cartographie, de la traduction et de l'analyse », selon les informations disponibles. ArgonOS, son logiciel phare, est présenté comme une solution de fusion et d'analyse de données capable de traiter des volumes massifs d'informations.
L'entreprise, bien que récente, bénéficie d'un soutien de poids : le Premier ministre lui-même a activement œuvré pour que la start-up tricolore soit choisie, dans un contexte de montée des préoccupations sur la dépendance technologique vis-à-vis d'acteurs étrangers, notamment américains.
Souveraineté ou efficacité ?
Le débat dépasse largement le simple choix de fournisseur. En confiant ses données à une entreprise hexagonale, la DGSI entend renforcer sa souveraineté opérationnelle, en s'affranchissant d'un prestataire américain dont les liens avec les autorités de Washington suscitaient des interrogations. Le contrat de Palantir avec la DGSI avait d'ailleurs été prolongé pour trois ans, mais il n'aura pas été mené à son terme.
Les partisans du changement soulignent la nécessité de maîtriser les outils critiques du renseignement. Les détracteurs, eux, s'interrogent sur la capacité de ChapsVision, jeune acteur, à fournir un niveau de performance équivalent à celui de Palantir, expérimenté dans le domaine. Le fondateur Olivier Dellenbach a toutefois insisté sur la robustesse de sa solution, affirmant qu'elle répond aux plus hauts standards.
Réactions politiques
L'opposition s'est saisie de l'affaire. Plusieurs voix critiquent un processus jugé précipité, tandis que d'autres saluent une décision courageuse en faveur de l'indépendance nationale. Le gouvernement, de son côté, reste sur sa ligne : il s'agit de privilégier l'excellence française dans un secteur stratégique.
Palantir, de son côté, n'a pas encore officiellement commenté la suite qu'elle entend donner à cette contestation. La société américaine pourrait engager des procédures pour faire valoir ses droits, bien que les conditions contractuelles précises restent floues. En attendant, la DGSI s'apprête à entamer une phase de transition vers ArgonOS, avec un calendrier qui n'a pas été dévoilé.
Un précédent qui fait débat
Ce changement s'inscrit dans une dynamique plus large de relocalisation des technologies sensibles. Plusieurs pays européens cherchent à réduire leur dépendance aux solutions étrangères, en particulier américaines, dans le domaine du renseignement et de la défense. La France, avec ce basculement, pourrait donner un signal fort à ses partenaires.
Néanmoins, la polémique sur la régularité de la procédure risque de ternir cette transition. Alors que le gouvernement met en avant la souveraineté, les critiques pointent un possible manque de transparence. L'affaire pourrait rebondir si Palantir décidait de porter le litige devant la justice.
En attendant, le feuilleton du remplacement de Palantir à la DGSI n'est pas près de s'achever. Les prochains jours devraient être décisifs pour déterminer si la contestation de l'américain aboutit à une remise en cause du choix français.