La controverse autour du départ de Palantir des systèmes de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) prend une nouvelle tournure. L'entreprise technologique américaine conteste vigoureusement la manière dont le gouvernement a rendue publique la fin de sa collaboration avec le service de renseignement français, la qualifiant d'irrégulière et d'improvisée.
Selon des responsables de Palantir, l'annonce de la résiliation du contrat a été faite de façon surprenante et informelle, par le biais d'une publication sur le réseau social Instagram. « On ne peut pas faire ça comme ça, sur Instagram. C'est un sujet ultra-sérieux », a déclaré un représentant de l'entreprise, dénonçant un manque de sérieux dans le traitement d'un dossier touchant à la sécurité nationale. La société estime que cette méthode de communication ne respecte pas les canaux officiels et les procédures habituelles pour un partenariat de cette envergure.
Un contrat stratégique et sensible
Palantir fournissait depuis plusieurs années ses logiciels d'analyse de données à la DGSI, une collaboration qui avait été officialisée et régulièrement renouvelée. Le contrat, d'une durée initiale de plusieurs années, portait sur des outils destinés à traiter et croiser des masses de données issues de sources ouvertes ou internes, afin d'aider les enquêteurs dans leurs investigations. La fin de ce partenariat avait été annoncée au printemps 2026, lorsque le gouvernement avait indiqué que la société française ChapsVision succéderait à Palantir.
L'arrêt de la collaboration intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la souveraineté numérique et de la dépendance de l'État français vis-à-vis de fournisseurs étrangers, notamment américains. Plusieurs voix s'étaient élevées pour critiquer le recours à une entreprise non européenne pour traiter des données aussi sensibles que celles du renseignement intérieur.
La riposte de Palantir
Face à cette situation, Palantir ne se contente pas de critiquer la forme de l'annonce. L'entreprise conteste également le fond de la décision, estimant que son bilan en matière de performance et de sécurité est exemplaire. Elle affirme avoir toujours respecté les clauses contractuelles et les exigences de confidentialité les plus strictes. Selon des sources proches du dossier, Palantir aurait adressé des courriers officiels aux autorités compétentes pour demander des explications sur les motifs précis de son éviction et sur la procédure de passation.
« Nous n'avons pas été informés des raisons objectives qui justifieraient cette rupture, ni consultés sur les conditions de notre remplacement », fait valoir l'entreprise. Elle souligne que son contrat avec la DGSI était régi par un cadre juridique précis, et que toute résiliation anticipée devait respecter des clauses de préavis et de dialogue. Palantir évoque même la possibilité d'engager une action en justice si la transparence n'est pas assurée.
Un remplacement par ChapsVision en ligne de mire
La DGSI a confié la gestion de ses données à l'entreprise tricolore ChapsVision, spécialisée dans le traitement des données massives (big data) et l'intelligence artificielle. Le gouvernement a présenté ce choix comme un moyen de renforcer la souveraineté française en matière de renseignement, en s'appuyant sur une société installée en France et offrant des garanties de contrôle strictes.
Cependant, Palantir ironise sur cette substitution : « On remplace un fournisseur américain par un autre fournisseur, mais celui-ci a-t-il les mêmes capacités opérationnelles ? » La société américaine laisse entendre que le cahier des charges et les exigences de performance n'ont pas forcément été évalués de manière équitable. Des divergences seraient apparues sur l'évaluation des offres, Palantir estimant que son expérience éprouvée et ses technologies éprouvées auraient dû être prises en compte plus favorablement.
Les implications juridiques et politiques
Cette affaire dépasse le simple cadre d'un appel d'offres. Elle met en lumière les tensions entre souveraineté nationale, impératifs de sécurité et concurrence internationale dans le secteur des technologies de renseignement. Palantir, dont le fondateur Peter Thiel est une figure controversée de la Silicon Valley, est souvent critiquée pour son manque de transparence et sa proximité avec les services de renseignement américains.
Le gouvernement français, de son côté, se défend en assurant que la procédure de sélection de ChapsVision a été transparente et conforme aux règles des marchés publics. Il précise que la décision de ne pas reconduire le contrat avec Palantir a été mûrement réfléchie, en concertation avec la direction de la DGSI et les services juridiques. La question de la confidentialité des données traitées par une entreprise non européenne a également joué un rôle central.
Reste à savoir si Palantir ira jusqu'au contentieux judiciaire. L'entreprise dispose d'un délai de deux mois pour saisir le tribunal administratif, si elle estime que ses droits ont été bafoués. D'ici là, le dialogue entre les deux parties pourrait se poursuivre, bien que les positions semblent aujourd'hui très éloignées. La DGSI, elle, continue de travailler avec ChapsVision pour assurer la transition sans heurt de ses systèmes d'information.