Palantir conteste son éviction de la DGSI et dénonce un processus irrégulier
La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a annoncé son intention de remplacer l'américain Palantir par la société tricolore ChapsVision pour la gestion et l'analyse de ses données. Cette décision, officialisée ces derniers jours, s'inscrit dans une volonté plus large des services de renseignement et des forces armées européennes de réduire leur dépendance aux logiciels conçus outre-Atlantique.
Un mouvement de souveraineté numérique
Selon des informations concordantes, les autorités françaises souhaitent renforcer leur autonomie dans le domaine sensible du renseignement intérieur en privilégiant des solutions développées localement. Ce choix reflète une tendance observée dans plusieurs pays européens, où les institutions sécuritaires cherchent à se détacher des technologies américaines, jugées trop exposées à des ingérences ou à des contraintes juridiques extraterritoriales.
« Il existe un contre-modèle », résume un expert cité dans le dossier. La montée en puissance de ChapsVision, entreprise française spécialisée dans l'analyse de données, illustre cette ambition de disposer d'outils souverains pour la lutte antiterroriste et le contre-espionnage.
Les griefs de Palantir
Palantir, cofondée par le milliardaire Peter Thiel, n'a pas tardé à réagir. Dans un courrier officiel dont la teneur a été révélée, la firme californienne conteste fermement la procédure ayant conduit à son éviction. Elle évoque des « divergences » profondes avec la DGSI sur les termes du contrat et dénonce un processus qu'elle estime bâclé ou partial.
La société américaine affirme que son logiciel Gotham, utilisé par de nombreux services de renseignement occidentaux, répondait pleinement aux exigences opérationnelles de la DGSI. Elle laisse entendre que la décision relèverait davantage d'un choix politique que d'une évaluation objective des capacités techniques respectives.
ChapsVision en ordre de marche
De son côté, ChapsVision, entreprise fondée par l'entrepreneur Olivier Dellenbach, se prépare à prendre le relais. La société, qui a déjà décroché plusieurs marchés publics sensibles, dispose d'une offre de « big data » et d'intelligence artificielle destinée aux forces de l'ordre et aux agences de renseignement. Son logiciel, présenté comme une alternative crédible à Palantir, a été testé avec succès dans des conditions opérationnelles.
Un précédent dans le renseignement
Ce changement de fournisseur intervient dans un contexte où la France, comme d'autres États membres de l'Union européenne, multiplie les initiatives pour sécuriser ses infrastructures critiques et ses données stratégiques. La guerre en Ukraine, les tensions avec la Chine et les révélations sur les programmes de surveillance américains ont accéléré cette prise de conscience.
Plusieurs armées européennes ont déjà entamé des démarches similaires. La Pologne, l'Italie et l'Allemagne étudient la possibilité de remplacer à terme certains logiciels américains par des solutions européennes, dans les domaines de la défense et du renseignement.
Une bataille juridique en vue
La contestation de Palantir pourrait déboucher sur une procédure contentieuse. L'entreprise américaine dispose d'une équipe juridique expérimentée et n'hésite pas à défendre ses intérêts commerciaux par les voies légales. La DGSI, de son côté, se prépare à justifier son choix devant les tribunaux si nécessaire.
Les observateurs s'attendent à ce que ce dossier serve de test pour la souveraineté numérique française. Si ChapsVision parvient à démontrer son efficacité à grande échelle, cela pourrait ouvrir la voie à d'autres marchés publics dans le domaine du renseignement et de la sécurité. En revanche, un échec technique ou juridique renforcerait les arguments des partisans du maintien des solutions américaines.
En attendant, la transition entre les deux fournisseurs s'annonce complexe, impliquant le transfert de volumes considérables de données et la formation des analystes de la DGSI à un nouvel outil. Les agents du renseignement intérieur français devront rapidement maîtriser le logiciel de ChapsVision pour ne pas compromettre leurs missions en cours.
Réactions politiques
Plusieurs élus français ont salué cette décision, y voyant une avancée pour la souveraineté nationale. D'autres, plus prudents, appellent à évaluer objectivement les performances de la solution tricolore avant de se féliciter trop vite. L'opposition pourrait également s'emparer du dossier pour interroger le gouvernement sur les conditions de ce changement et sur les garanties de sécurité offertes par le nouvel opérateur.
L'affaire Palantir-ChapsVision est donc loin d'être close. Elle illustre les tensions entre impératifs de sécurité, souveraineté nationale et enjeux économiques dans un secteur où la confiance dans les technologies étrangères s'érode.