Le service de renseignement intérieur français, la DGSI, a rompu sa collaboration avec le groupe américain Palantir et a sélectionné la société française ChapsVision pour prendre le relais dans le traitement de ses données, a annoncé le chef du gouvernement.
Cette décision, officialisée par le Premier ministre, marque un tournant dans l'approvisionnement technologique de l'agence de sécurité. La DGSI, chargée de la lutte antiterroriste et de la protection du territoire, utilisait jusqu'à présent les logiciels d'analyse de données de Palantir, une entreprise cofondée par Peter Thiel, souvent critiquée en Europe pour ses liens avec les services de renseignement américains.
Un choix stratégique pour la souveraineté numérique
Le remplacement de Palantir par ChapsVision s'inscrit dans une volonté affirmée de renforcer l'indépendance technologique de la France dans le domaine sensible du renseignement. ChapsVision, une entreprise française spécialisée dans l'analyse massive de données et l'intelligence artificielle, s'est imposée face à son concurrent américain après un appel d'offres. Cette passation implique le transfert de l'ensemble des données de la DGSI vers les infrastructures de la firme hexagonale.
Le Premier ministre a souligné que ce changement répond à des impératifs de souveraineté et de sécurité des données, dans un contexte où les préoccupations liées à la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères se sont accrues. Les autorités françaises ont estimé que confier les informations sensibles du renseignement intérieur à un acteur national permettait un meilleur contrôle et une protection renforcée contre d'éventuelles ingérences.
Les implications pour Palantir et le marché européen
Pour Palantir, cette rupture constitue un revers notable sur le marché européen de la sécurité, où elle était implantée depuis plusieurs années. La société américaine avait déjà fait l'objet de critiques en France et ailleurs en Europe en raison de ses méthodes de collecte et de traitement des données, ainsi que de ses contrats avec des agences de renseignement américaines.
ChapsVision, de son côté, consolide sa position dans le secteur sensible de la défense et du renseignement. L'entreprise, fondée il y a quelques années, a multiplié les contrats publics et privés, se positionnant comme un champion français de l'analyse de données à haute valeur ajoutée.
Une décision politique et technique
Le choix de se tourner vers ChapsVision a été présenté comme une décision à la fois politique et technique. Politique, car elle affirme la volonté de la France de maîtriser ses outils de renseignement sans dépendre d'entreprises soumises à des législations étrangères, comme le Cloud Act américain. Technique, car ChapsVision propose des solutions jugées équivalentes, voire supérieures, aux besoins opérationnels de la DGSI.
Aucune date précise n'a été communiquée quant à l'échéance complète du transfert, mais le processus est décrit comme déjà en cours. La DGSI et ChapsVision travailleraient en étroite collaboration pour assurer une transition sans heurts et garantir la continuité des missions de renseignement.
Cette annonce intervient alors que les débats sur la souveraineté numérique et la protection des données personnelles s'intensifient en Europe. Plusieurs pays membres de l'Union européenne examinent également leurs dépendances vis-à-vis des fournisseurs non européens dans le domaine de la sécurité.