Un changement de fournisseur pour l'analyse de données sensibles

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a décidé de changer de partenaire technologique pour le traitement de ses données de renseignement. Après plusieurs années de collaboration avec la société américaine Palantir, le service de renseignement français a choisi de confier ses bases de données et ses outils d'analyse à l'entreprise tricolore ChapsVision, a-t-on appris de sources concordantes. Cette décision intervient dans un contexte de renforcement des exigences de souveraineté numérique au sein de l'État.

ChapsVision : une start-up française montante

Fondée il y a quelques années, ChapsVision s'est spécialisée dans l'exploitation et l'analyse de grands volumes de données, notamment pour les secteurs de la sécurité et de la défense. La société propose des solutions de croisement d'informations, de visualisation de données et de détection d'anomalies, des capacités jugées stratégiques pour les missions de la DGSI. La passation doit permettre au service de renseignement de maintenir un haut niveau d'efficacité opérationnelle tout en garantissant une maîtrise totale des données sur le territoire national.

Palantir écarté pour des raisons de souveraineté

Palantir, entreprise américaine connue pour ses liens avec les services de renseignement américains, avait jusqu'ici fourni sa plateforme Gotham à la DGSI. Ce logiciel est utilisé dans de nombreux pays pour l'analyse de données antiterroristes et criminelles. Mais la volonté de réduire la dépendance vis-à-vis de technologies étrangères et le souhait de mieux contrôler les flux d'informations sensibles ont pesé dans la balance. Plusieurs rapports parlementaires et recommandations de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) préconisaient depuis plusieurs années le recours à des solutions françaises ou européennes pour les missions régaliennes.

Un appel d'offres discret mais très suivi

La sélection de ChapsVision s'est faite à l'issue d'un appel d'offres qui a suscité beaucoup d'intérêt dans le secteur de la cybersécurité et du renseignement. Plusieurs entreprises, dont des filiales de grands groupes français et européens, avaient soumissionné. Les critères de sélection ont porté sur la fiabilité des solutions, leur capacité à traiter des données hautement sensibles, mais aussi sur la localisation des infrastructures et la certification des personnels. ChapsVision a notamment mis en avant son engagement à héberger toutes les données sur des serveurs situés en France et à utiliser uniquement des technologies auditées par les autorités françaises.

Les implications pour le renseignement intérieur

Ce transfert de plateforme représente un chantier technique complexe. Les équipes de la DGSI vont devoir migrer des années de données d'enquêtes, de renseignements et de signalements vers le nouvel environnement informatique. Les agents devront également être formés aux nouveaux outils. Les responsables de la DGSI ont assuré que la transition se ferait sans interruption des missions et avec un haut niveau de sécurité pour éviter toute fuite de données. Les premiers retours d'expérience de l'utilisation de ChapsVision dans d'autres administrations, comme certains services préfectoraux ou la direction générale des douanes, auraient été jugés probants.

Un signal fort pour la filière française de la cybersécurité

Ce choix conforte la place de la France dans le domaine des technologies de souveraineté. Il illustre la volonté de l'État de soutenir des champions nationaux capables de répondre aux exigences les plus élevées en matière de sécurité et de protection des données. ChapsVision voit ainsi sa notoriété renforcée et pourrait décrocher prochainement d'autres marchés publics dans le secteur de la défense ou de la sécurité intérieure. Cette décision intervient alors que plusieurs pays européens réfléchissent à réduire leur dépendance aux solutions américaines pour le traitement des données de renseignement.

La question de la protection des libertés publiques

Des associations de défense des droits numériques ont salué le principe du recours à un acteur français, mais appellent à une surveillance accrue des capacités de surveillance de ces outils. ChapsVision s'est engagée à respecter strictement le cadre légal français et les recommandations de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) en matière de proportionnalité et de respect de la vie privée. Les modalités précises d'utilisation des données par la DGSI restent toutefois couvertes par le secret défense, ce qui nourrit un débat récurrent sur l'équilibre entre sécurité et libertés.