La Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) met un terme à une décennie de collaboration avec l’entreprise américaine Palantir. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a lui-même annoncé, mardi 16 juin 2026, que le renseignement français confiera désormais l’analyse de ses données à l’éditeur tricolore ChapsVision. Cette décision marque un tournant dans la stratégie de souveraineté numérique du pays.

Adopté en urgence en 2016, au lendemain d’une série d’attentats meurtriers, le logiciel Gotham de Palantir avait permis aux agents du contre-espionnage de traiter et croiser des masses d’informations. Cependant, le recours à un fournisseur américain suscitait depuis plusieurs années des interrogations quant à la confidentialité des données sensibles et à la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis.

Le choix de ChapsVision, entreprise française intégrée la veille dans l’indice Next40 qui distingue les pépites technologiques les plus prometteuses du pays, s’inscrit dans une volonté affirmée de renforcer l’autonomie stratégique de la France en matière de sécurité intérieure. L’éditeur devra fournir des capacités équivalentes à celles de Palantir pour l’analyse et le croisement de données, tout en garantissant que les informations restent hébergées et traitées sur le sol national.

Cette rupture contractuelle intervient après un long processus d’évaluation des alternatives disponibles. Plusieurs sources proches du dossier évoquent des discussions avancées entre la DGSI et ChapsVision depuis plusieurs mois, visant à valider la conformité des solutions proposées avec les exigences du renseignement. La décision finale a été entérinée au plus haut niveau de l’État.

Souveraineté numérique et enjeux de confiance

Le recours à un acteur européen plutôt qu’américain répond à des préoccupations récurrentes concernant la protection des données. La loi française encadre strictement l’utilisation des informations par les services de renseignement, et le choix d’un fournisseur non soumis aux législations extraterritoriales des États-Unis (comme le FISA) a été un facteur déterminant dans cette décision.

ChapsVision, fondée par Olivier D., s’est imposée comme un spécialiste de l’analyse de données de masse pour les secteurs public et privé. L’entreprise a récemment multiplié les contrats avec des administrations françaises, renforçant sa crédibilité dans le domaine sensible de la sécurité nationale.

Un précédent pour d’autres administrations ?

Cette décision pourrait faire école. Plusieurs autres administrations françaises, notamment dans les domaines de la défense et de la justice, utilisent encore des logiciels de Palantir ou d’autres fournisseurs étrangers. Le choix de la DGSI en faveur de ChapsVision pourrait accélérer une dynamique de « patriotisme économique » dans le secteur du renseignement et de la cybersécurité.

Reste à savoir si la transition se fera sans heurts. Les agents de la DGSI devront être formés aux nouveaux outils, et la migration des données depuis les serveurs de Palantir vers l’infrastructure de ChapsVision devra être sécurisée. Aucun calendrier précis n’a été communiqué pour cette bascule.