Un rassemblement d'ampleur dans les rues de Tirana

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé, samedi 21 juin, dans le centre de la capitale albanaise, lors de ce qui s'impose comme l'une des plus grandes mobilisations de ces dernières semaines. Les manifestants, parmi lesquels de nombreux membres de la diaspora albanaise revenus spécialement pour l'occasion, ont brandi des drapeaux albanais et américains, lâché des ballons rouges et scandé le slogan « L'Albanie n'est pas à vendre », projeté en lettres lumineuses sur la façade du siège du gouvernement.

Un projet hôtelier au cœur de la colère

Depuis la fin du mois de mai, des rassemblements quotidiens animent la capitale pour protester contre la construction d'un complexe hôtelier de luxe, soutenu par Jared Kushner, gendre et ancien conseiller de Donald Trump, et son épouse Ivanka Trump. Ce projet, situé sur la côte protégée de Vjosa-Narta, une zone humide abritant des habitats essentiels pour les oiseaux migrateurs, dont des flamants roses, suscite une vive inquiétude environnementale. Un second aménagement est également prévu sur l'île inhabitée de Sazan.

Des accusations de corruption et d'opacité

Au-delà des préoccupations écologiques, la contestation cristallise un mécontentement plus large à l'encontre du Premier ministre Edi Rama, accusé par les protestataires de conclure des accords opaques concernant le littoral. « Nous ne sommes pas contre le développement du pays, nous sommes contre l'arrogance et le manque de transparence autour de projets qui affectent nos vies », a déclaré Alma, une étudiante en sciences, lors du rassemblement. Les pancartes dénonçaient la corruption du gouvernement, et de nombreux participants ont promis de rester dans la rue jusqu'au départ du chef de l'exécutif.

La réponse du Premier ministre

Edi Rama, qui s'est montré inflexible, a déclaré devant des membres de son parti qu'il ne démissionnerait pas. Il a estimé que la controverse était alimentée davantage par le nom de Kushner et « l'ombre de Trump » que par le projet lui-même. Les engins de chantier sont entrés dans la zone protégée à la fin du mois de mai, ce qui a encore accru l'indignation populaire. La mobilisation de samedi marque une étape supplémentaire dans cette crise politique et environnementale qui secoue le pays.