La candidate de droite Keiko Fujimori se dirige vers une victoire étriquée mais désormais quasi certaine à l'élection présidentielle péruvienne. Selon les dernières données publiées par l’Office national des processus électoraux (ONPE), qui a dépouillé 99,9 % des procès-verbaux, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori obtient 50,12 % des suffrages, contre 49,88 % pour son adversaire de gauche, Roberto Sánchez. L’écart s’élève à environ 43 000 voix sur plus de 19 millions de bulletins validés.
Une marge infranchissable
Les 131 procès-verbaux encore en attente de comptage représentent au maximum 39 300 voix, un volume insuffisant pour permettre à Roberto Sánchez de combler son retard. L’ONPE considère donc que le résultat est mathématiquement acquis. Cette avance confirme la tendance observée depuis le début du scrutin du 7 juin, où les deux candidats se sont succédé en tête avant que la candidate fujimoriste ne prenne définitivement l’avantage.
Roberto Sánchez dénonce des irrégularités
Refusant de s’incliner, Roberto Sánchez a immédiatement contesté le processus électoral. Il dénonce une « grave atteinte au processus électoral », particulièrement en ce qui concerne le vote des Péruviens résidant à l’étranger, qui représente environ 300 000 suffrages. Selon lui, des irrégularités administratives et des problèmes dans la conservation du matériel électoral auraient entaché le scrutin dans les bureaux consulaires. Il exige que la Commission nationale des élections (JNE) déclare nulles les élections organisées le 7 juin à l’étranger, affirmant qu’en excluant ces votes, il disposerait d’une avance d’environ 25 000 voix. Le candidat de gauche a également indiqué qu’il ne reconnaîtrait pas un éventuel gouvernement dirigé par Keiko Fujimori et a appelé à une manifestation samedi à Lima.
Le camp Fujimori rejette toute remise en cause
Les partisans de Keiko Fujimori estiment que la demande de recomptage intégral est infondée et que les résultats partiels reflètent la volonté populaire. Ils soulignent que les procédures électorales ont été respectées et que les observations de la mission d’observation de l’Union européenne, qui a jugé le second tour « calme et ordonné », vont dans le sens de la régularité du scrutin. Le camp fujimoriste considère que les contestations de son rival ne visent qu’à retarder l’inéluctable et à jeter le discrédit sur une élection extrêmement serrée.
Un climat de polarisation extrême
Ce second tour, l’un des plus disputés de l’histoire récente de l’Amérique latine, s’est déroulé dans un contexte de forte polarisation politique. Le Pérou traverse une crise institutionnelle chronique : huit présidents se sont succédé depuis 2016, dans un climat de défiance généralisée envers la classe politique. La candidate fujimoriste, qui assume l’héritage autoritaire de son père, et le candidat de gauche, représentant une rupture avec ce passé, ont cristallisé les clivages. Les résultats définitifs officiels sont attendus dans les prochains jours, mais la bataille politique, elle, ne fait que commencer.