Le second tour de l'élection présidentielle péruvienne se joue dans un équilibre exceptionnellement tendu. Selon les premiers résultats partiels, Roberto Sanchez, le candidat du camp progressiste, est donné en tête face à Keiko Fujimori, figure de la droite péruvienne et héritière politique de l'ancien président Alberto Fujimori. L'écart est si mince que l'issue du scrutin reste suspendue à l'avancée du dépouillement dans les zones rurales et les bureaux de vote de la diaspora.

Une campagne marquée par la polarisation

Ce duel inédit ravive les lignes de faille qui traversent la société péruvienne depuis la transition démocratique des années 2000. Keiko Fujimori, en lice pour la troisième fois, a pleinement assumé l'héritage autoritaire de son père, dont la présidence (1990-2000) reste associée à la fois à une lutte victorieuse contre la guérilla du Sentier lumineux et à des violations massives des droits humains. De son côté, Roberto Sanchez a construit sa campagne sur un programme de justice sociale, de lutte contre la corruption et de défense des ressources naturelles, rassemblant un électorat urbain et des classes populaires lassées par les scandales politiques.

Le premier tour, organisé en mai, avait déjà montré une société fragmentée. L'électorat s'est distribué entre plusieurs candidats, dont aucun n'a atteint la majorité absolue, forçant ce second tour. Les analystes soulignent que cette élection reflète une défiance profonde envers les institutions traditionnelles, marquée par une instabilité politique chronique : le Pérou a connu six présidents en moins de dix ans, dont plusieurs destitutions et une crise parlementaire.

Un vote décisif pour l'avenir du pays

L'enjeu de ce scrutin dépasse le simple choix d'un chef d'État. Keiko Fujimori représente un retour à un libéralisme autoritaire, appuyé par une coalition de droites populistes et conservatrices. Ses adversaires lui reprochent des liens présumés avec des réseaux de corruption et une gestion clientéliste de l'État, accusations qu'elle rejette. Roberto Sanchez, ancien maire de Lima et économiste de formation, incarne une alternative ancrée à gauche, promettant de renforcer les services publics, de réformer la constitution et de taxer davantage les industries extractives.

Les premiers résultats, issus d'un échantillon représentatif, donnent Sanchez en tête avec une avance qui se compte en fractions de point. Les autorités électorales appellent à la patience et assurent que chaque suffrage sera compté. La proclamation officielle pourrait prendre plusieurs jours, voire semaines en cas de contestation.

Les deux camps ont déjà déployé des équipes d'observateurs et des juristes prêts à contester le moindre écart. La communauté internationale suit de près ce scrutin, crucial pour la stabilité d'un pays miné par une inflation élevée et une criminalité croissante.

Dans les rues de Lima, l'attente est palpable. Partisans de Sanchez et de Fujimori se sont rassemblés devant les sièges de leurs partis respectifs, dans un climat tendu mais sans incident majeur. Les prochains jours seront décisifs pour savoir quel visage prendra le Pérou pour les cinq prochaines années.