Au Pérou, la bataille pour la présidence se joue désormais sur le terrain du contentieux électoral. Roberto Sánchez, candidat du camp progressiste, a officiellement demandé un recomptage intégral des votes du second tour, estimant que le scrutin n'offre pas toutes les garanties nécessaires de transparence. Sa requête intervient alors que le dépouillement des bulletins a montré une extrême volatilité, avec une avance très réduite de sa rivale Keiko Fujimori.
L'équipe de campagne de Keiko Fujimori a immédiatement rejeté cette proposition, affirmant que le processus électoral s'est déroulé dans le respect des règles et que les résultats partiels reflètent la volonté des électeurs. Les partisans de la candidate de droite dénoncent une tentative de retarder la proclamation officielle des résultats.
Un scrutin au résultat incertain
Le second tour de l'élection présidentielle, qui s'est tenu le 6 juin, s'annonçait déjà comme l'un des plus serrés de l'histoire récente du pays. Les premiers décomptes ont successivement placé en tête Sánchez, puis Fujimori, avec des écarts infimes. Selon les dernières données diffusées par l'Office national des processus électoraux (ONPE), Keiko Fujimori devance désormais son adversaire de quelques dixièmes de point de pourcentage, avec plus de 90 % des bulletins dépouillés.
Roberto Sánchez a déploré des « anomalies » et des « incohérences » dans le dépouillement, sans toutefois fournir de preuves tangibles d'une fraude massive. Il a appelé les autorités électorales à procéder à un audit complet des urnes afin de garantir la « légitimité » du verdict final.
Des tensions croissantes
Les observateurs internationaux, notamment ceux de l'Organisation des États américains (OEA), qui ont déployé une mission d'observation, n'ont pas signalé d'irrégularités majeures susceptibles d'invalider le scrutin. Néanmoins, la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a appelé à la prudence et au respect des procédures légales.
La demande de recomptage intégral risque d'accentuer les tensions politiques dans un pays déjà profondément divisé. Le camp fujimoriste a qualifié la démarche de « manœuvre désespérée » et a exhorté le candidat progressiste à reconnaître sa défaite une fois les résultats définitifs proclamés.
Le poids du passé
Keiko Fujimori, fille de l'ancien président autoritaire Alberto Fujimori, purge actuellement une peine de prison pour violations des droits humains. Elle a tenté de se distancer de l'héritage paternel tout en capitalisant sur la nostalgie d'une partie de l'électorat. Son programme économique libéral et ses alliances avec des figures conservatrices suscitent une forte opposition, notamment dans les régions rurales et parmi les peuples autochtones.
De son côté, Roberto Sánchez, un enseignant et syndicaliste de gauche, a promis une rupture avec les politiques néolibérales et une refonte de la Constitution. Il bénéficie du soutien des mouvements sociaux et des classes populaires.
Les prochaines étapes
Le recomptage demandé par Roberto Sánchez doit être examiné par le Jury national des élections (JNE), l'instance suprême en matière électorale. Sa décision pourrait prendre plusieurs jours. En attendant, le pays retient son souffle.
Si la demande de recomptage est rejetée, le candidat progressiste pourrait contester les résultats devant les tribunaux, ce qui risquerait de prolonger l'incertitude politique. Une victoire de Keiko Fujimori, même à une faible marge, serait perçue comme une confirmation de la mainmise des élites conservatrices sur les institutions, tandis qu'une victoire de Sánchez marquerait un tournant historique pour la gauche péruvienne.
Une polarisation exacerbée
Les deux camps se préparent à une bataille judiciaire et médiatique. Des manifestations de soutien et d'opposition ont déjà eu lieu dans plusieurs villes du pays, notamment à Lima et à Arequipa. Le gouvernement, dirigé par le président sortant, a appelé au calme et au respect de l'État de droit.
La communauté internationale suit de près l'évolution de la situation. Plusieurs pays, dont les États-Unis et le Brésil, ont exprimé leur préoccupation quant à un éventuel blocage politique. L'ONU a exhorté les parties à résoudre leurs différends par le dialogue.
En attendant la décision du JNE, le Pérou reste suspendu à un fil, partagé entre l'espoir d'un changement et la crainte d'un retour à un régime autoritaire.