Au lendemain du second tour de l'élection présidentielle péruvienne, aucun des deux candidats ne peut encore revendiquer la victoire. Les résultats partiels, portant sur environ 80 % des bulletins dépouillés, attribuent 51,7 % des suffrages à Keiko Fujimori, fille de l'ancien président autoritaire Alberto Fujimori, contre 48,3 % à son rival de gauche Roberto Sanchez. Mais les projections rapides réalisées par deux instituts privés placent ce dernier en tête d'une courte tête, semant le doute sur l'issue finale.
La candidate de droite a elle-même reconnu qu'« il n'y a aucun vainqueur pour l'instant », ajoutant que de « longs jours s'annoncent ». Son adversaire, ancien ministre de Pedro Castillo, a invité ses partisans à « attendre avec vigilance » les résultats définitifs. Dans la capitale, des milliers de sympathisants des deux camps se sont rassemblés, certains criant déjà victoire.
Ce scrutin confirme une fois de plus la fracture territoriale qui traverse le Pérou. Keiko Fujimori réalise ses meilleurs scores sur la côte, tandis que Roberto Sanchez domine largement dans les régions andines du sud, rurales et à forte population indigène. Comme le résume un analyste de l'Institut d'études péruviennes (IEP), cette élection « traduit la division du pays. Quiconque l'emportera aura la moitié du pays contre lui ».
Le futur chef de l'État devra en outre composer avec un Parlement fragmenté, où aucun des deux camps ne dispose d'une majorité. Depuis 2016, huit présidents se sont succédé, souvent renversés par une Assemblée dotée de pouvoirs étendus. La crise politique endémique, doublée d'une criminalité galopante, pèse lourdement sur les attentes des quelque 27 millions d'électeurs appelés aux urnes.
Pour Keiko Fujimori, cette campagne a été marquée par une revendication assumée de l'héritage de son père, emprisonné pour crimes contre l'humanité mais toujours populaire dans une partie de l'électorat. Ses détracteurs dénoncent un « fujimorisme » qui, selon eux, gère le pays « comme sa propriété privée ». Une habitante de Lima, Marlene Veramendi, 46 ans, résumait le sentiment de nombreux opposants : « Nous voulons un changement parce que nous sommes fatigués de la corruption du fujimorisme. »
De l'autre côté, les partisans de Roberto Sanchez espèrent un tournant progressiste, mais le candidat peine à rassembler au-delà de son bastion méridional. La journée de vote s'est déroulée sans incident majeur, contrairement au premier tour qui avait été entaché de dysfonctionnements et d'accusations de fraude. Le pays reste en suspens, dans l'attente des derniers bulletins qui départageront les deux prétendants.