L’écart se resserre, la contestation s’amplifie
Le second tour de l’élection présidentielle au Pérou tourne à la bataille judiciaire. Alors que le dépouillement quasi achevé donne Keiko Fujimori, candidate de droite et héritière de l’ancien président Alberto Fujimori, gagnante avec une marge très étroite, son adversaire Roberto Sánchez exige un recomptage intégral des voix. Ce dernier, porte-drapeau d’une coalition progressiste, a formalisé cette demande auprès des autorités électorales, invoquant des anomalies dans le processus de comptage.
« Nous dénonçons de graves irrégularités, qui pourraient constituer un schéma de fraude », a déclaré Anahí Durand, membre de l’équipe de campagne de Roberto Sánchez, dans un entretien. Cette déclaration intervient alors que le décompte officiel des suffrages se poursuit sous haute tension. La candidate Fujimori, elle, s’oppose fermement à tout recomptage général, estimant que les résultats sont valides et que la demande de son adversaire vise à retarder l’inévitable.
Un contexte électoral tendu
Cette élection, l’une des plus serrées de l’histoire récente du Pérou, ravive les fractures politiques et sociales du pays. Le scrutin du 6 juin 2026 a plongé le Pérou dans l’incertitude : aucun des deux camps n’a revendiqué une victoire franche dès la fermeture des bureaux de vote. Les premiers chiffres donnaient Keiko Fujimori légèrement en tête, mais Roberto Sánchez a rapidement contesté la fiabilité du décompte.
Les irrégularités dénoncées par le camp Sánchez porteraient notamment sur des écarts entre les procès-verbaux des bureaux de vote et les données transmises au siège central du jury électoral. Selon des observateurs, plusieurs centaines de procès-verbaux présenteraient des incohérences, ce qui justifierait, pour le candidat progressiste, un contrôle minutieux de l’intégralité des bulletins.
La réaction du camp Fujimori
Du côté de la droite fujimoriste, la demande de recomptage est perçue comme une manœuvre dilatoire. Keiko Fujimori, qui a assumé pleinement l’héritage autoritaire de son père durant sa campagne, a rejeté ces allégations de fraude, qualifiant le processus électoral de « transparent et irréprochable ». Ses partisans appellent à la reconnaissance rapide des résultats.
Le camp Fujimori dispose d’une avance qui, bien que minime, semble solide selon les derniers décomptes officiels. Toutefois, l’exigence d’un recomptage intégral, si elle était acceptée par le jury électoral national, pourrait prolonger la période d’incertitude de plusieurs semaines.
Quelle issue pour le Pérou ?
Le Pérou se trouve dans une impasse politique. Roberto Sánchez, candidat de gauche, a bâti sa campagne sur la promesse de réformes sociales et économiques, tandis que Keiko Fujimori incarne un retour à un libéralisme économique strict et à un ordre sécuritaire hérité de l’ère Fujimori. Le duel, qualifié de « serré comme jamais », oppose deux visions radicalement différentes de l’avenir du pays.
Les observateurs internationaux suivent la situation de près. Si le recomptage demandé n’est pas accordé, le camp Sánchez pourrait saisir les instances judiciaires, voire la Cour constitutionnelle, ce qui risquerait de plonger le Pérou dans une crise politique prolongée. Pour l’heure, les autorités électorales n’ont pas encore statué sur la recevabilité de la demande de recomptage.
Enjeux et perspectives
Au-delà de la simple question du recomptage, c’est la légitimité même du futur gouvernement qui est en jeu. Le Pérou, déjà fragilisé par des années de turbulences politiques et une profonde méfiance envers la classe dirigeante, pourrait connaître de nouvelles secousses si le contentieux électoral n’est pas résolu de manière apaisée.
Les prochains jours seront décisifs : soit les instances électorales valident la demande de recomptage, ouvrant la voie à un audit approfondi, soit elles la rejettent, ce qui pourrait provoquer des manifestations et des contestations de la part des partisans de Roberto Sánchez. Dans les deux cas, le Pérou semble s’engager dans une période de forte instabilité, avec un pays profondément divisé entre deux camps qui se regardent en chiens de faïence.