Le consortium formé par Orange, Free (groupe Iliad) et Bouygues Telecom a officialisé la signature d’un protocole d’accord avec Altice France, la maison mère de SFR, en vue du rachat de l’opérateur au carré rouge. L’acquisition, évaluée à 20,35 milliards d’euros en valeur d’entreprise, marque l’aboutissement de plusieurs années de négociations et de rebondissements financiers.

La répartition des actifs et des clients

Bouygues Telecom, qui contribue à hauteur d’environ 42 % du prix d’achat, soit près de 8,5 milliards d’euros, récupère la part la plus conséquente : l’activité entreprises SFR Business, 5,9 millions de clients du grand public, l’opérateur virtuel Prixtel ainsi qu’une partie des infrastructures réseau dans les zones peu denses. Free, qui apporte 31 % du financement, obtient l’intégralité de la base d’abonnés RED by SFR — soit six millions de clients — et 1,6 million de clients résidentiels supplémentaires de la marque SFR. Orange, avec une participation de 27 % dans le véhicule d’acquisition, absorbe 4,9 millions d’abonnés et plusieurs opérateurs dont Réglo, Syma et Coriolis.

Les fréquences radio feront l’objet d’une redistribution selon un plan arrêté entre les trois acquéreurs. Les actifs qui ne sont pas immédiatement repris — comme les réseaux fixe et mobile hors zones denses, les systèmes informatiques et une partie du réseau de distribution — resteront gérés au sein d’une entité SFR SA détenue à parts égales par les trois membres du consortium pendant une phase transitoire d’au moins trente mois, afin d’assurer la continuité opérationnelle. XpFibre, la coentreprise dédiée à la fibre optique, valorisée autour de huit milliards d’euros dette comprise, fait l’objet d’un processus de cession séparé.

Une dette colossale à l’origine de la cession

L’affaire trouve son origine dans la situation financière dégradée d’Altice. Acculé par une dette de 23,9 milliards d’euros, le fondateur et actionnaire majoritaire Patrick Drahi avait envisagé dès 2023 une cession partielle de SFR. Une première offre conjointe de dix-sept milliards d’euros, formulée en octobre 2025, avait été rejetée, car jugée trop éloignée des vingt-huit milliards d’euros espérés par Drahi. Le rapport de force a basculé en février 2026, lorsqu’un plan de restructuration validé par le tribunal de commerce de Paris a ramené l’endettement de SFR à 15,5 milliards d’euros, soit un allègement de plus de neuf milliards. Dans le même temps, la base d’abonnés de l’opérateur a fondu de 1,5 million de clients entre fin 2023 et début 2026, affaiblissant davantage la position de Drahi.

Le parcours réglementaire, principal obstacle à venir

L’accord signé n’est toutefois pas définitif. La concentration du marché mobile français — qui passerait de quatre à trois acteurs — nécessite l’aval des autorités de la concurrence. L’Autorité française de la concurrence examinera si cette opération risquerait d’entraîner une hausse des prix, un recul de l’innovation ou une restriction d’accès pour les opérateurs virtuels. Plusieurs remèdes sont envisagés, parmi lesquels des engagements tarifaires pluriannuels, des garanties d’investissement dans la 5G et la fibre, ou encore la cession de certaines fréquences ou d’actifs jugés sensibles. La Commission européenne pourrait également se manifester dans le débat. Ce processus réglementaire pourrait s’étendre jusqu’en 2027.

Un défi industriel et social de grande ampleur

Au-delà des enjeux concurrentiels, l’intégration pose un défi opérationnel colossal : il s’agit de transférer des dizaines de millions de contrats mobiles et fixes, de migrer des systèmes d’information massifs, de réorganiser des réseaux entiers et de redistribuer plusieurs milliers de salariés entre trois groupes aux cultures d’entreprise distinctes. Les acquéreurs se sont engagés à garantir un emploi à l’ensemble des salariés du périmètre repris jusqu’au début de l’année 2029, soit par la poursuite de leur poste, soit par une proposition d’emploi alternative. Ils ont également promis qu’un «dia» (le texte de la source s’interrompt) du plan social sera respecté.