Accueilli en héros mercredi à l'aéroport international Aden Adde de Mogadiscio, l'arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, premier de son pays à avoir été sélectionné pour officier lors d'une Coupe du monde, a été contraint de faire demi-tour après s'être vu refuser l'entrée sur le territoire américain. Les autorités américaines ont invoqué des « préoccupations de filtrage » non précisées, malgré un visa valide et une exemption prévue par le département d'État pour les participants à des événements sportifs majeurs.
Face à la foule venue l'accueillir, Omar Artan a tenu un discours déterminé. « La Somalie nous appartient à tous. Que les temps soient bons ou difficiles, je veux dire à notre jeunesse de ne pas perdre espoir en notre pays », a-t-il déclaré. Il a également assuré : « Je serai là en 2030 », faisant référence à la prochaine édition de la Coupe du monde, prévue dans plusieurs pays, dont le Maroc, l'Espagne et le Portugal.
Le ministère somalien de la Jeunesse et des Sports s'est dit « profondément attristé » par la décision américaine, précisant avoir mené d'importants efforts diplomatiques auprès des autorités des États-Unis, sans succès. La FIFA a pour sa part indiqué que cette affaire relevait de la compétence des services d'immigration américains et échappait donc à son contrôle. Les responsables somaliens estiment toutefois que l'instance dirigeante du football mondial porte une part de responsabilité dans ce dossier.
Omar Artan, né à Mogadiscio, était considéré comme le meilleur arbitre africain en exercice. Sa sélection pour le Mondial 2026 avait suscité une immense fierté dans le pays, où l'on célébrait comme une qualification de l'équipe nationale. « C'est la première fois que nous aurions eu l'un des nôtres, né et élevé en Somalie, pour nous représenter sur la plus grande scène du football mondial », a confié un journaliste sportif somalien.
La décision américaine a suscité des interrogations, des experts juridiques estimant que le refoulement était surprenant compte tenu du profil public d'Artan et du filtrage préalable nécessaire à l'obtention d'un visa. Un ancien diplomate somalien aux États-Unis a qualifié cette mesure de « manifestation de la politique vindicative et obsessionnelle de Donald Trump qui diabolise systématiquement tout ce qui touche à la Somalie ». Le directeur de la cellule de la Maison-Blanche chargée de la Coupe du monde a évoqué « une bonne raison » à cette décision, sans fournir de précisions.
Arrivé à Miami en transit depuis Istanbul, où il avait posté un message disant « En route pour Miami », Omar Artan a été refoulé et renvoyé vers la Turquie avant de regagner la Somalie. Un responsable américain a par la suite affirmé que l'entrée avait été refusée en raison de liens présumés avec des personnes soupçonnées d'implication dans des organisations « terroristes », sans que cette allégation n'ait été étayée.
Malgré cette épreuve, l'arbitre somalien a choisi de se tourner vers l'avenir. Sa promesse de participer au Mondial 2030, compétition qui se déroulera notamment au Maroc, offre une perspective d'espoir à tout un pays. Son retour triomphal à Mogadiscio témoigne de l'attachement des Somaliens à ce symbole de réussite, né dans la capitale et devenu une figure respectée du football africain.